La plus belle montagne du monde (2)

Posté en tant qu’invité par Flo73:

Victor était taraudé par l’idée de voir le monde. Il aimait ses montagnes plus que tout, mais il avait toujours vécu ici et son esprit curieux et imaginatif voulait savoir, ce qu’il y avait au-delà.

Il ne savait pas lire, mais depuis qu’il était monté au sommet de sa montagne et qu’il avait vu que la vie ne s’arrêtait pas là où son regard portait, il feuilletait des magazines de lointaines contrées.

Et un jour, il sut. Il sut qu’il irait là-bas, dans ce pays merveilleux doté d’immenses pics blancs au dessus de paysages désertiques et de vallées verdoyantes arrosées par des rivières torrentueuses. Sur la photo, les maisons en terre sèches se confondaient avec le paysage aride et les quelques personnes présentes avaient un sourire tellement lumineux et un visage si serein qu’elles semblaient avoir découvert le secret du bonheur.

Victor s’en alla trouver Georges, le vieil instituteur du village voisin. Celui-ci lui expliqua où se trouvait cette région extraordinaire.

Dès le lendemain, Victor, qui avait quelques économies, partit à la ville voisine pour prendre un billet d’avion pour son grand voyage. Georges qui était un baroudeur aguerri lui avait donné quelques conseils, il lui avait dit : « Prends l’avion jusqu’à Lèden , et tu trouveras du monde pour te montrer le chemin qui mène à ta destination »

Deux mois, plus tard, Victor atterrissait à Lèden.

Le voyage avait été assez éprouvant. Victor était un solitaire, peu habitué au luxe et toute cette foule qui prenait l’avion le plus naturellement du monde, sans même sembler éprouver la moindre joie, l’avait laissé perplexe.

Des désabusés, voilà ce qu’ils sont, se disait Victor. Lui, qui avait toujours vécu chichement et qui avait mis toutes ses économies dans ce périple, ouvrait grand les yeux et appréciait pleinement chaque instant de découverte.

Peut-être que seul ce qui est rare, est une source de bonheur se disait-il, quand on a tout, on n’a plus besoin de rien.

Alors Victor se sentit heureux de venir d’un monde où pour acquérir, il fallait encore se battre. Son expédition lointaine serait sans doute la seule, car il n’aurait probablement plus jamais les moyens de repartir, mais il allait en profiter jusqu’au bout des ongles.
Et ce voyage, il le garderait toute sa vie au fond de lui, pour, plus tard, voyager dans sa tête grâce à ses souvenirs.

L’escale à Lhedi l’avait quelque peu, désorientée aussi. L’aéroport grouillait de monde, une atmosphère insolite régnait, des sikhs en turbans côtoyaient des alpinistes, des indiennes drapées dans leurs saris voisinaient avec des femmes habillées à l’Européenne, des mendiants frôlaient des richissimes hommes d’affaires. Cette foule hétéroclite ressemblait à un nid d’insectes grouillant de vie.

Aussi la petite ville de Lèden, parût un havre de paix à Victor. Les rues de la ville étaient encombrées de voitures qui klaxonnaient à tout va, mais déjà, il avait une impression de bout de monde.

Un taxi l’emmena dans un petit hôtel de la ville. Après ses tribulations des derniers jours, le calme dont faisaient preuve ses hôtes le subjuguait. Il décida de passer quelques jours dans la petite ville située à 3800 mètres d’altitude pour s’acclimater.
Bien que montagnard, il n’avait jamais vécu si haut, sa modeste maison n’était qu’à 2300 mètres.

Pendant cette courte période, il fit la connaissance d’un jeune autochtone qui devait rentrer à pied au pays, justement dans cette merveilleuse région où voulait aller Victor. Ce jeune homme prénommé Sonam offrit à Victor de l’accompagner. Celui-ci sauta sur l’occasion et accepta la proposition de Sonam avec qui il avait fort sympathisé.

Donc un matin de très bonne heure, les deux compères prirent la route, accompagné des deux mules de Sonam qui portaient la tente, la nourriture et les quelques affaires personnelles des deux hommes.

Les premiers jours, ils cheminèrent sur des sentiers terreux. Partout où regardait Victor, il ne semblait y avoir que des paysages de terres sèches qui dégageaient une poussière qui leur obstruait la gorge. Victor peu habitué, se mit à tousser et dut mettre un foulard sur la bouche pour pouvoir respirer.

De temps en temps, ils passaient devant un temple, Sonam bouddhiste accompli, ne manquait pas de s’y arrêter et Victor prit goût à ces petits sanctuaires sombres, remplis de petites statuettes éclairées par des bougies et égayés par des draperies aux couleurs chatoyantes.

Au bout de quelques jours, le paysage changea, une large rivière coulait dans un vallon et les contrées désertiques faisaient place à de grandes prairies vertes et jaunes.

Victor était au comble du bonheur, il lui semblait avoir atteint un état de félicité qu’il ne pourrait jamais dépasser. Les gens du pays étaient en accord avec ce paysage reposant et somptueux. Une parfaite entente semblait régner entre eux, ils n’élevaient jamais la voix et pourtant chacun était perçu comme un être humain et respecté en tant que tel.

Après 3 semaines de marche, Victor avait oublié sa petite vie tranquille dans son hameau perdu dans un coin montagneux de France. Il ne pensait plus aux moqueries de ses congénères, provoquées par le fait qu’il ne sache pas lire, qu’il n’était pas bien riche, qu’il ne suivait pas les modes.

Là dans cette région de bout de monde, les différences étaient gommées, au travers l’autre, on ne voyait qu’un être humain riche de plein d’enseignements. Il n’y avait que des gens pauvres en biens, mais qui partageaient tout avec tout le monde.

Les personnes que Victor rencontraient, parlaient peu, mais ce qu’ils disaient prenaient une valeur considérable car ils ne disaient que l’essentiel.
Le supperflu n’avait pas sa place dans ces régions hostiles.

La vie était rude, il faisait très chaud l’été et très froid l’hiver, alors il fallait économiser son énergie et ne pas la disperser en futilités.
Un verre de chang offert par une rencontre de hasard, un être humain croisé au détour d’un chemin, le rire d’un enfant résonnant dans la montagne, tout cela étaient des moment de bonheur intense. Car l’immensité désertique en faisait des instants rares et privilégiés.

Sonam conduisit Victor dans sa petite maison où l’attendaient sa femme et ses enfants. Ils furent accueillis par des transports de joie. Sonam partait souvent travailler à la petite ville de Lehden et s’absentait des mois entiers, aussi sa famille appréciait d’autant plus ses moments de présence en hiver, quand bloqués par le fleuve, Sonam et les siens restaient calfeutrés au chaud dans leur habitation. Au chaud est bien grand mot, puisqu’il y faisait aux alentours de 0 degré, mais à l’extèrieur les températures pouvaient atteindre -40.

Victor, décida de rester tout l’hiver chez ses nouveaux amis, il allait être coincé ici, lui aussi pendant huit mois pour partager la vie de ces habitants de bout du monde.
Il savait qu’il trouverait peut-être le temps long, mais il sentait qu’il était en train de vivre une aventure fantastique qui le transformerait.

à suivre…

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Simple et beau, mon bon maître aurait dit :

"- Les vraies richesses … "

Merci Flo et attention, la rentrée littéraire approche !!!

Posté en tant qu’invité par pastriste:

j’ai donc le privilège d’être le premier lecteur…de ta suite…innatendu…mais surprenante jusqu’ou tu vas nous amener …vite la suite…

au fait je peux pas m’empecher d’y trouver des choses en résonnance avec mon petit parcours personnel …je pense que çe sera vrai pour beaucoup d’entre nous.

pastriste.

ma prose de mes comptes rendus club doit te paraitre bien moyenne à coté de vos essait littéraire…

Posté en tant qu’invité par pastriste:

Ah non me suis fait doublé de 2 minutes par sieur Albank…

Posté en tant qu’invité par Marcel Demont:

Somptueux, magnifiques, brillants
Comme une rivière de diamants
De ta plume, flamboyants
Coulent les mots, pétillants.

Un grand bravo, Flo73.
De la belle ouvrage.
Admiratif.
Marcel.

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par Marie:

j’aime autant que le premier extrait et comme tu m’as donné ton accord pour copier le premier extrait, je pense que je peux en faire de même pour les suites ?
Suites qu’on attend avec impatience.

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Allez up, on lui remonte son roman à la chipie des Alpes…

Posté en tant qu’invité par Flo73:

A Marie : Pas de problème, pour les copier coller, j’ai pas 12 gosses à nourrir, moi.
Au père des 12 gosses : Je ne me suis pas posé de questions pour tes récits, je les ai sauvegardé, mais, promis, je ne les vendrai pas.
A tous : merci pour vos encouragements.

Posté en tant qu’invité par Flo73:

Et merci pour tes jolis vers, Marcel.

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Ahhhhrggghhhh !!!

Mes textes, qui me les a pris ???

" Horreur, ma cassette, mon or, ma cassette !!! "

( heu… je crois que celle-là, elle n’est pas de moi … )

Posté en tant qu’invité par jc:

Attention si Marcel perd ses vers…

Posté en tant qu’invité par jc:

Dis donc, tu ne voudrais pas faire un p’tit stage au pays basque? Pendant que tu donnerais des cours de littérature à mes élèves (j’te promets, ils seraient tout acquis à ta cause), j’irais arpenter les collines basques…

Posté en tant qu’invité par Pioupa:

hummm la p’tite histoire avant d’aller dormir :-p
merci, l’est bien belle :slight_smile:

Posté en tant qu’invité par unCplus à vue de nez:

tu as du talent. merci de le partager avec nous. continues comme ça !