Jour d'été

Posté en tant qu’invité par Francois:

Le pilier S, c’est long, c’est très long, c’est très, très long. Mais c’est beau. Ambiance, comme on dit. Chutes de pierres à droite, chutes de pierres à gauche, mais nous on s’en fout, on grimpe au milieu.
- Faut pas se tromper de chemin, non, faut pas se tromper de chemin.
- Ah ça ! M’sieur le Marquis a bien raison, mais faut pouvoir, oui, faut pouvoir.
Le pilier S, c’est immense, une vastitude de pierre, une face énorme, gigantesque, où il faut naviguer entre les canonnades et du point de vue de l’escalade, à part les 300 m du Bastion, on est bien mal récompensé, mais il y a l’ambiance, mon ami, l’ambiance! Et puis c’est au Sud, c’est à considérer.
Cette année-là, je travaillais à l’UCPA de Monnetier. Comme nous étions fatigués de trimballer des bandes de stagiaires nuls dans des courses de grand-mères, nous l’avions donc choisi comme délassement dominical, parce que c’était (aux dernières nouvelles, c’est toujours) la plus haute paroi du massif, non mais sans blague ! En fait, nous avions hésité entre le pilier des Ecrins et l’arête Nord du Pelvoux, plus courtes, moins difficile, certes, mais nord. Et après délibération, il s’est dégagé un fort consensus pour ne pas aller se geler les meules dans un truc au nord. Nous avons fait la course dans la journée. De toute façon, le choix était facile, nous n’avions qu’une journée libre: le dimanche. Et le lundi matin, on avait intérêt à être là à l’arrivée des stagiaires, sinon gare!
Nous sommes donc partis de Monnetier, à quatre, dimanche matin à zéro heure dans ma vieille 4L branlante. Une heure du matin à Cézanne…le grand silence de la nuit…seule une oetite lumière clignotait là-haut, sur le chemin du glacier Blanc…sans doute un attardé qui montait au refuge, ou peut-être un guidos qui rejoignait des clients ? ou encore un esthète voulant admirer le lever du soleil au sommet du Dôme ? Bon vent, mon gars !
Dix huit heures plus tard, nous étions au sommet de la Barre des Ecrins, avec le pilier derrière nous, après avoir un peu pinaillé à l’attaque du Bastion qui n’est pas évidente (-c’est par là ? -non, je crois que c’est par ici !..chacun a pris son chemin et on a fini par se retrouver), matraqué quelques pitons dans quelques accueillantes fissures, avoir évité quelques pierres - mais débonnaires. Elles tombaient sans beaucoup de conviction. De toute façon, nous étions casqués, ce qui, remarquons le, ne change rien à l’affaire. A cette époque-là, on avait le choix entre deux types de casque : casque Galibier pour les adorateurs de René Desmaison, casque AGV pour les inconditionnels de Walter Bonatti. En ce qui me concernait, mon casque était un AGV, non que je vouait un culte particulier à Walter Bonatti, mais parce que c’était le moins cher- et après avoir croqué une pomme et un morceau de poulet froid amoureusement fricassé par Fabienne, l’aide-cuisinière du centre (remarquons au passage qu’une femme ne saurait être cuisinière à part entière ; aide-cuistote, c’est déjà pas mal). Bonne montagnarde, Fabienne, rejetonne de la vallée. Nous lui avions proposé de venir avec nous, mais avec des palpitations dans le ticheurte et le regard prometteur, elle nous a répondu que non ce soir je dois voir mon Jules, ça fait quinze jours…bon, ça va chauffer… Le temps se couvrait, des cumulo-nimbus bien dodus nous fondaient dessus à toute vitesse, il faisait frisquet et le soleil s’était soigneusement planqué pour ne pas prendre froid, le salaud. Nous ne nous sommes pas attardés. La descente de la face N s’effectua dans une neige plutôt molle à cette heure là, et plus sur le fond du pantalon que sur les pieds, en titubant de fatigue.
Restait à parcourir, cependant, la partie passionnante de la descente: le plat du glacier Blanc.
A partir de ce moment-là, mes souvenirs deviennent plus confus. Nous voyions des formes bizarres, des éléphants roses, des babiroussas…dormir, dormir… Je me souviens que nous avons perdu le chemin entre le refuge des Ecrins et l’autre, là, plus bas…, ah ouais Glacier Blanc…hein, quoi…putain de chemin…ousqu’on est là ? c’est quoi, ça ? c’est le glacier ? hein, t’es sûr ? que toutes les frontales se sont éteintes en même temps, que, à 10 heures du soir, le gardien du refuge du Glacier Blanc nous a offert une bière qui a bien failli nous être fatale, il a dû nous sortir de sa cuisine à grands coups de pompe dans le train (figurativement), que nous butions sur tous les cailloux du sentier, que nous nous arrêtions toutes les dix minutes pour dormir … dormir…
- Eh! Faut y aller.

  • Hein! Quoi! Ah oui.
    Le petit banc de pierre, avant de plonger sur Cézanne, on pourrait pas s’asseoir cinq minutes ? Cinq minutes, hein, pas plus mais non, cinq petites minutes rrooonnn, zzz…
    Quant au retour à Monnetier, je ne m’en souvient plus. Il s’est déroulé dans une espèce de brume, mon voisin me donnait de grandes claques dans la tronche, de bons grands coups de poing dans l’épaule pour ne pas que je m’endorme au volant de ma vieille 4L déglinguée. Il avait très peur.
    Nous avons eu de la chance ce jour-là, en suivant la petite route de traverse qui joint Les Vigneaux à Prelles, de ne pas finir dans la Durance.
    Les retours de grandes courses, c’est toujours comme ça: de nuit, dans le cirage, et on fait connaissance avec les cailloux du sentier. Faut le savoir. Mais c’est rigolo quand même ! on se marre bien !
    Donc, le lundi matin, accueil des stagiaires dans un état semi comateux, regard bovin, gestes imprécis, réponses approximatives aux questions angoissées des néophytes ça sera difficile ce qu’on va faire ? tu crois que j’ai le niveau ? et gna gna gna …foutez-moi la paix les gars et laissez-moi dormir attends, non, tiens prends plutôt ces crampons ils sont neufs, je vais te les régler et voilà un bon piolet, regarde, presque jamais servi celui-là, je m’arrangerai pour que tu sois dans mon groupe ah tiens je me réveille ? comment que ça se fait ? ah ben c’est pas compliqué, yeux bleus et cheveux blonds voilà le secret, c’est comment ton prénom ? Myriam ? c’est joli comme prénom ! tu es venue seule ? Bon donc dans mon groupe, on fera des trucs intéressants tu verras. Finalement, c’est pas difficile de se réveiller suffit d’avoir un bon réveil. Après la distrib. du matos, je te ferai visiter le centre, Myriam, et on ira prendre un verre…avec les autres ? euh…oui, bon, avec les autres d’accord (zut alors…). Elle s’éloigne, je la regarde s’éloigner. Je me sens tout drôle, tout bizarre, tout rêveur…j’ai oublié le pilier sud.

Posté en tant qu’invité par Jeff:

Tu es le pilier de ce forum, François… Et nous, nous ne t’oublierons pas pour une Myriam, fut-elle blonde aux yeux bleues, lorsque Catherine ou une autre, réagira comme il se doit à tes propos diffamatoires sur les compétences relatives des gents féminine et masculine devant les fourneaux…!
Sur www.saddam.com tu trouvera des gilets pare-balles… et n’oubli pas de remettre ton casque !
Jeff, à qui il ne faudra pas oublier de rappeler la date des obsèques…

Posté en tant qu’invité par Thomas:

Merci pour ton recit, le pilier sud il me fait tres envie depuis un moment. En fait j'esperai que tu nous racontes plus en detail l'ascenscion mais bon heureusement a la fin il y'a la belle myriam...Qu'est'elle devenue ? Encore bravo...

Posté en tant qu’invité par Bubu:

En fait j’esperai que tu nous racontes plus en detail l’ascenscion

Faut jamais trop raconter l’ascension du pilier Sud…

Sur le livre du refuge Cezanne, avant qu’il ne disparaisse (le livre), il y avait un mot d’une cordee du PGHM :

« Depart du refuge a 22h. Attaque a 1h. Sommet a 0h. Refuge a 7h. »

Je ne sais plus si le refuge du retour etait le Cezanne ou des Ecrins, mais en tout cas, il ne faut pas lire trop vite, au risque de se meprendre de la realite de l’ascension…

Posté en tant qu’invité par catherine:

oh, moi ça ne me gêne pas du tout : je ne sais pas faire la cuisine :wink:
dis, François, tu n’oublie pas le clafouti pour ce week-end ?

François c’est (entre autres) un grand spécialiste des clafoutis et des gauffres à la chantilly … miam miam :slight_smile:

Posté en tant qu’invité par Thomas:

Sommet a 0h ? ca veut dire quoi ?

Bubu a écrit:

En fait j’esperai que tu nous racontes plus en detail
l’ascenscion

Faut jamais trop raconter l’ascension du pilier Sud…

Sur le livre du refuge Cezanne, avant qu’il ne disparaisse
(le livre), il y avait un mot d’une cordee du PGHM :

« Depart du refuge a 22h. Attaque a 1h. Sommet a 0h. Refuge a
7h. »

Je ne sais plus si le refuge du retour etait le Cezanne ou
des Ecrins, mais en tout cas, il ne faut pas lire trop vite,
au risque de se meprendre de la realite de l’ascension…

Posté en tant qu’invité par Pierre-Olivier:

Je pense que ça veut dire que les gaillards du PGHM ont mis 23h à sortir le pilier en question…

On admettra bien volontiers que ça devait pas être de la tarte.

C’est quoi l’horaire « normal » pour le pilier Sud des Ecrins?

Posté en tant qu’invité par alain:

« Depart du refuge a 22h. Attaque a 1h. Sommet a 0h. Refuge a 7h. »

c’est pourtant clair:ils z-ont atteint le sommet à minuit en ayant attaque à une heure du matin.
ou alors y-z-ont attaque à une heure de l’apres midi apres avoir quitte Cezanne la veille à 10 heures du soir et ils ont fait le sommet …23 heures apres…(Z-avaient bu)
en fait François à raison de denoncer la fatigue au sortir du pilier sud. Les dangers de l’alpinisme.

Posté en tant qu’invité par alain:

remarque que quand on a fait l’arete rouge,ça a donne cezanne 0h,attaque 6h,…bivouac…sommet 16 h ,retour cezanne 22heures.
ça fait 34 heures de l’attaque au sommet.
y’a des horaires plus glorieux que celui là

Posté en tant qu’invité par Emmanuel:

J’aime beaucoup ce que tu écris ,c’est doux , drôle et çà me fais réver … raconte encore…

Emmanuel