Jean Dure et Jack Sellair dans le Défilé des Rochers Gris

Posté en tant qu’invité par strider:

-Le topo de la Dent de Trolles par le Défilé des Rochers Gris est simple et très clair, je trouve : Au cairn, prendre une rampe sur trois cent mètres à gauche, aboutir à un creux de cirque. Entreprendre en rive gauche de ce cirque une traversée ascendante vers la droite sur cinquante mètres. Arrivé à une plateforme sous un toît caractéristique, faire un rappel de quinze mètres, puis descendre un peu le couloir en dessous pour reprendre en rive gauche du couloir une grande rampe qui abouti à un second creux de cirque en forme d’amphithéâtre. En empruntant la fin d’un vague éperon à gauche, on retrouve l’arête des roches grises qui conduit très rapidement au sommet lu Jack Sellair avec plein de distinction
-On peut pas faire plus clair, dit Jean Dure, j’espère que j’aurai suffisamment la caisse!
-Pas de souci, si t’es au taquet, je te moufle, comme d’habitude, dit Jack Sellair

La Dent de Trolles, sommet principal du Défilé des Rochers Gris, dans la vallée de Roulenpierre .Sommet emblématique du massif de la Grande Gniolle, aisément reconnaissable par ses grandes masses rocheuses effritées, sans lignes clairement définissables. L’avis expert des géologues de la Faculté Joseph Nierfour parle d’ « un massif cristallin taillé dans un complexe micaschisteux datant de l’époque hercynienne et repris, fracturé par l’orogénèse alpine ». Les spéléologues avident de calcaires en parlent souvent en des termes certes peu élogieux : « tas de merdiers rocheux, affreusement monotone, aussi médiocre en surface qu’ en sous-sol». Mais tel n’était pas l’avis de Jean Dure et Jack Sellair qui en avaient fait leur massif de prédilection. Et ce pour des raisons très particulières. Pour Jean Dure, le rocher délité, ça l’arrangeait bien, c’était peut être pas le confort suprème mais ça l’évitait d’être au taquet vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pour Jack Sellair, c’était surtout parce qu’il n’y avait personne dans ce massif paumé, pas de treinards à doubler sur les sentes, pas de casse-pied à l’horizon, bref, le paradis.

Vous n’êtes pas sans ignorer que le propre des roches grises, c’est qu’elles sont, certes, grises, mais pour le cas du Défilé des Rochers Gris, elles sont uniformément grises, c’est à dire, qu’à l’oeil avisé de l’apiniste, toutes les couleurs sont grises sans s’étaler bien loin dans la gamme des gris.
Et ainsi était la couleur du ciel le jour de l’exploration de Jean Dure et Jack Sellair dans le défilé. Force est de constater que lorsque le ciel est gris, la lumière est diffuse, les ombres disparaissent des creux de rochers gris qui apparaissent tous lisses, uniformément gris.

Jack Sellair était en forme et tirait un peu de la corde Jean Dure qui trouvait que la qualité des rochers gris était plus mauvaise que d’ordinaire.
-D’habitude, il y au moins un rocher qui tient, un surlequel on peut se tenir!, ralait-t-il

La brume s’était installée et on n’y voyait pas plus loin que le cairn gris à trente mètres d’eux.
-C’est le cairn de la rampe!, affirma JS
-Attend, attend, pas trop vite!, souffla JD

Ils remontèrent cette rampe des plus fastidieuses, longues avec des rochers aussi gris que parpineux. Le nettoyage était de rigueur mais Jack Sellair, qui connaissait pas trop mal ce massif, savait pertinemment que cétait peine perdue d’espérer une propreté de clinique dans de tels lieux.

Ils aboutirent à ce qui semblait être un creux de cirque orné de grands rochers gris. Probablement aussi grands et aussi gris que les autres rochers du défilé. En amont de ce cirque, il y avait à gauche ce qui ressemblait à une rampe, au mileu un vague couloir et à droite un éperon comparativement bien individualisé.

-Pas de souci!, dit Jack Sellair, le topo dit qu’il faut maintenant engager une traversée ascendante en rive gauche du cirque.
-Donc c’est la rampe à gauche, dit Jean Dure, essouflé.
-Mais non, voyons, c’est en rive gauche du cirque donc c’est à droite, donc faut prendre l’éperon de droite et non la rampe de gauche. Comprends-tu?
-Non. Rive gauche, c’est bien la rive qui est à gauche, donc c’est à gauche du cirque, que je sache?
-Pas du tout. L’un des préceptes de l’alpinisme te dit que lorsqu’on dit « rive » faut inverser ensuite la direction. Si on te dit 'rive gauche" c’est que c’est à droite, si on dit « rive droite » c’est que c’est à gauche.
-Ha bon? Il n’y a pas de « rive du milieu » ?
-Ben quand c’est au milieu, on dit que c’est au milieu qu’il faut passer ou encore « tout droit », assura JS.

Ils montèrent, dans un terrain très classique, c’est à dire quelque peu délité, le vague éperon à droite en ce qui ressemblait fort à la traversée ascandante précisée sur le topo.
-Génial ce topo!, s’exclama JS, vraiment très fiable
-Attend, attend, je crois que je suis taquet!! dit JD, effrayé, dans un mauvais pas, faisant le grand écart entre deux caillassons branlants.
-Je te tire!, assura JS

Un peu plus loin, JS fut très satisfait de la tournure des évènements
-Le voilà, le toît caractéristique!
Le fameux toît en question était à peine discernable dans la brume.
-Et voilà la sangle de rappel sur la plateforme…épatant ce topo!
-Houla! Il a une sale gueule ce rappel, tout parpineux et en rocher gris dégueux!, dit JD
-C’est celui-là, il y a pas de doute, dit JS
-T’es sur de toi, là?
-Cent pour cent.

JS installa brièvement le rappel sur cette sangle à l’ allure chiffonneuse et parti le premier, très confiant.
-C’est bon, je suis au bord du couloir, tu peux me rejoindre!
JD, tremblotant une bonne minute, se résigna finalement à mettre son derrière face au ciel et commença à descendre sur la corde.
-Merde!! J’ai oublié de mettre l’autobloquant, p§**$§ de merde!, dit JD qui claquait des dents
-T’inquiètes, je fais le contre-assurage d’en bas.
-Oups, pierres!!

clang, bang, bang, tac!

Arrivé en bas, JD fit un constat navrant des décrépitudes des conditions de la montagne.
-Mais il est tout sec ce couloir!
-Rien d’étonnant à cela. Et puis comme ça on ne met pas les crampons, on gagne du temps, dit JS
-T’es sur que c’est pas parpineux?
-Allez on y va, il y a pas le choix de toute façon.
-Attend, attend, faut que je refasse mon noeud de huit, je l’ai raté, dit JD

En effet, la descente du couloir fut scabreuse. JS envoya JD en premier afin que celui-ci nettoya le passage.

-C’est pas celle-là, la rampe ascendante en rive gauche?dit JD en désignant une rampe étonnemment propre à gauche
-Mais non, combien de fois vais-je te le répéter : le précepter de l’alpinisme te dit que lorsqu’on te dit « rive » faut inverser la direction. Ce qui est en rive gauche est à droite.
-Ha oui j’avais oublié
-La rampe s’ouvrira à droite, assura JS

Pon!!!

Il y eut un silence de mort.

-Tiens il y a de la chute de pierre, c’est craignos ici, dit JS
-Euh, non, c’est moi. J’ai toujours du mal à digérer la tartiflette d’hier soir.

  • Tu ne vas pas me dire que j’ai pas assez cuit les ognions?
  • Si, justement et le rebloch’ fermier était trop fait pour moi.
    -Bon allons-y, pas de temps à perdre, dit JS

Le couloir fut plus long que prévu
-Curieux quand même qu’on descende ainsi, dit JD
-Quand il y a de la brume, on a tendance à majorer les distances, affirma JS
-C’est peut être ça? dit JD en voyant une grande rampe délitée à droite
-Ben voilà, qu’est-ce que je te disais! Tiens, la preuve, il y a un cairn.C’est le bon chemin.

Ils remontèrent cette rampe des plus fastidieuses, longues avec des rochers aussi gris que parpineux.

Ils aboutirent à ce qui semblait être un creux de cirque orné de grands rochers gris. Probablement aussi grands et aussi gris que les autres rochers du défilé. En amont de ce cirque, il y avait à gauche ce qui ressemblait à une rampe, au mileu un vague couloir et à droite un éperon comparativement bien individualisé.

-C’est le second creux de cirque! Vraiment épatant ce topo! , s’exclama JS

(à suivre…)

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Éh éh, ça démarre pas mal cette histoire de gris de gris …

Posté en tant qu’invité par goethe:

strider a écrit:

[…]
-Ben voilà, qu’est-ce que je te disais! Tiens, la preuve, il y
a un cairn.C’est le bon chemin.
[…]

Que celui qui n’a jamais dit ça lui jette la première pierre !!! :-))

Excellent : la suite !

Posté en tant qu’invité par marco:

oh ouias moi ça me plaît trop aussi!!! on dirait un truc dans le genre fac Nord Ouest, rocher à biquette garanti, et descente pui re montées!!!
EXCELLENT Strider!!!

Marco

Posté en tant qu’invité par strider:

merci, la suite en fin d’aprèm’ ! 3 à 4 bouts de saucisson a priori!

à noter que c’est le début d’une trilogie menée de pied ferme par nos deux lascars à l’assaut de la wilderness!

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Qu’on se le dise !!!

Posté en tant qu’invité par mathieu:

Un fan de Bobby Lapointe, je vois !

Posté en tant qu’invité par benoït:

Pitié !
La suite
C’est tellement bon que c’est trop court

Posté en tant qu’invité par rapha:

allez la suite c’est presque la fin d’aprem…lol

Posté en tant qu’invité par strider:

(suite du récit…)

-C’est le second creux de cirque! Vraiment épatant ce topo! , s’exclama JS
-Attend, attend, je fais une pause, faut que je sorte une bouteille d’eau pour boire, dit JD essouflé
-Donc logiquement maintenant c’est à gauche sur un vague éperon.
-Ca ressemble plus à une rampe, non?

  • Oui mais ce qui encadre cette rampe semble bien être un éperon. De plus, ils emploient les mots « vague éperon » sur le topo, donc je pense que c’est à gauche et puis c’est tout. Allez hop c’est parti! La sortie est pas loin!
    -Une seconde, que je boive une autre gorgée, grommela JD

L’éperon en question s’avéra scabreux et assez soutenu, non pas que les rochers étaient différents qu’ailleurs mais semble-t-il plus raides, plus encastrés en ce qui ressemblait à de gros feuillets à l’aspect tranchants comme des dents de crocodiles.

-P§**$§ mais c’est du combien ça?, râla JD
-A mon avis c’est entre le 3c+ et le 4a-, ou encore IV inf en lettre romane, voire 3c++ selon les nouvelles cots du CAF, lui répondit JS qui avalait la corde en la passant derrière son dos
-Sauf que si j’enlèves toutes les prises qui lachent c’est au moins du V supérieur!
-Il ne me semble pas qu’on ait déjà inventer une cot’ pour le mauvais rocher, dit JS qui décoinça la corde entre deux feuillets poussiéreux.
Comble de malchance, une grosse assiette vola en l’air, délogée par le serpent des cimes.

-Pierres!!!

Clang, bang, bang, pac…

-Tend la corde, tend-là, vite!!! P§**$§, je suis taquet, dit JD, Ca craint le paté ici!!

Arrivé à un relai bricollé à la hâte sur des becquets qui sonnaient creux, JD se demanda:
-T’es sur que c’était pas plus facile de passer par la rampe?
-Bah comme ça, t’as progressé, non?
-Mouais, si on peut dire…
-En plus on a gagné du temps, assura JS

Ils montèrent une vague rampe au-dessus, ce qui semblait être en accord avec le topo qui parlait bien d’une rampe.
Dans le fog british apparu ce qui semblait être un toît ou peut être bien un gros bloc gris comparativement plus gros que les autres à défaut d’être plus gris.

-Merde, un gros surplomb! Elle est où la sortie du topo?
-Ca passe pas?
-A moins qu’on fasse de l’artif mais le topo n’a jamais dit cela!
-Quel galère! Qu’est ce qu’on fait maintenant?
-Si on continue sur cette vire à droite,hein, pour voir? De tout façon on n’ a trop pas le choix…

En effet la brume semblait suggérer un passage a priori plus facile à droite.

-P§**$§, elle est pas large c’te vire!
-J’ai connu pire!
-Merde, mon sac coince entre les schistes!
-Moi aussi…Mets-toi à quatre pattes c’est plus simple, tu verras!
-Là sur ce sol avec ces p’tits cailloux?

Aie!!aie!ouille!

-Ho, chiotte, je vais avoir des tas de bleus au genous en arrivant ce soir à la maison! C’est ma femme qui va gueuler!

-Regarde! Un couloir en dessous!, dit JS
-Ou ça? Je vois que dalle dans la brume!
-Là-bas, tu vois, on redescend le couloir en-dessous, on verra bien! De toute façon je me vois mal tirer des rappels dans l’éperon.

La descente du couloir fut raide et pénible, plus longue que prévu. JD fit le nettoyage devant.Il avait adopté une technique tracto-pelle qui s’avéra très efficace.

Clang, bang, bang, pic…
Clang, bang, bang, pac…

-Sérieux, j’ai jamais vu un aussi mauvais rocher, affirma JD
-Ha bon t’es sur?, dit JS
-Ha, enfin, le couloir prend fin!
-Attention au mirage, parfois il a l’air de prendre fin mais il n’est pas fini pour autant!

Mais ce coup-ci, JS se trompait bel et bien

En effet, ils aboutirent à ce qui semblait être un creux de cirque orné de grands rochers gris. Probablement aussi grands et aussi gris que les rochers du défilé au-dessus. En amont de ce cirque, il y avait à gauche ce qui ressemblait à une rampe, au mileu un vague couloir et à droite un éperon comparativement bien individualisé.

-Tiens, il y a un con qui a laissé sa bouteille d’eau dans ces rochers, dit JD, ç’est toujours bon à prendre!
-Non laisse-la là, elle n’a peut être pas été mise par hasard, des chasseurs de chamois peut être. Tu sais, d’attendre que l’gibier s’pointe, ça désèche la gorge!
-Dommage, une Thonon, ma marque fétiche…
-En tout cas, cela veut dire que c’est un nouveau creux de cirque et qu’on est hors-topo et qu’il y a surement des voies dans le secteur.
-Ha bon, un autre creux de crique?
-Non, un creux de cirque!!! Nan mais là ça commence sérieusement à m’prendre le chou…P§$§ de topo, P§$§ à celui qui l’a fait! P§**$§ de site où je l’ai trouvé! Tous des cons!
-Ouais quel connard l’ gars qu’a écrit c’ torchon, il connait surement rien à la montagne, ce pauv’ type!
-Bah on va se démerder! On ne doit pas être loin de la crête sommitale avec tout ce que l’on a monté. Même si on est perdu, on doit pouvoir la rejoindre facilement. Bon, on va prendre l’éperon à droite, c’est ce qui paraît le plus engageant.
-Pour moi c’est tout pareil partout.
-Donc comme ça, tu peux me suivre partout, hé ben, c’est parfait!

(à suivre…)

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Il l’a trouvé où son topo, sue D3D ???
ou bien ???

Posté en tant qu’invité par tk:

Et JEAN CAISSE, notre trésorier payeur général, il est où dans cette histoire ?

Posté en tant qu’invité par benoït:

Miam miam tes histoires, la suite de celle-ci
VITE

Posté en tant qu’invité par strider:

(suite du récit…)

-Donc comme ça, tu peux me suivre partout, nikel!

La montée du pilier de droite s’avéra finalement assez étroite.La brume semblait encore plus épaisse, le jour se faisait plus sombre.
-Attend, attend, tire pas trop, je suis coincé entre deux blocs! dit JD, bataillant ferme.

Bang, pac, pic, pac!

-Bon ça y est, c’est bon, il y a un des rochers qui a laché!
-Du moment que c’est pas toi!

Il aboutirent à une plateforme surmontée d’un toît à peine discernable dans la brume.

-Nom de nom, ça bloque encore!
-Quelle galère!
-Quoique cet emplacement semble prévu pour le rappel, il y a une sangle.
-Ca veut dire qu’au moins on est sur une voie, c’est déjà ça!
-Une voie de descente je dirais, bon on va aller voir!
-Le rappel à l’air merdique.
-Non il est normal, il ne dénote pas du reste.
-Dis donc, on n’a pas regardé l’heure?
-Bah il ne doit pas être tard!!
-Tu plaisantes?, dit JD, il est 18h30! Il va bientôt faire nuit, on est en octobre!
-Merde, tu as ramené une frontale au moins, qu’on puisse revenir?
-Non et toi?
-C’était sensé être une ballade tranquille à la journée!
-P§**$§ on est planté!! Heureusement que ma femme est encore à Lisbonne ce soir, sinon je ne te raconte pas le savon en arrivant!
-La mienne à l’habitude.
-Bon mais ça change rien au problème, qu’est-ce qu’on fait maintenant!
-On se tire d’ici comme on peut avant que la nuit tombe!Allez hop c’est parti pour le rappel, dit JS

JS descendit comme une araignée qui as pris le vent sur sa toile.

-Merde! J’ai mal mis mon descendeur!, s’ écria JD
-Pas de panique, t’es encore en haut, remets-le dans le bon sens!

En bas du rappel se trouvait un couloir assez profond.
-Il est déjà plus propre celui-là!
-Avec toutes ces traces, les gars qui sont passés là ont du faire un sacré ménage!

La descente fut longue et le voile de la nuit semblait noircir la grisaille qui s’enroulait autour d’eux. Chaque vapeur d’eau, chaque fumée de poussière semblait pénétrer leur narine. Alors le froid drapa lentement son long manteau invisible, telle une main qui vous agrippe et vous glace les os.

-Nom de dieu, on s’est fait ratrappé, c’est trop tard maintenant on est coincé dans c’foutu couloir !

-Sauvé! Regarde, il y a une rampe à gauche! A peine deux trois cailloux branlants dessus!, dit JS
-On y va?
-De toute façon on y sera forcément mieux que dans le couloir!

La rampe fut ascendante en ce qui sembla une éternité.

-Pourquoi tu n’assures pas?, demanda JD
-Tu crois qu’on a le temps pour ça?Les sangles posées suffisent!
-P§**$§ vivement qu’on se tire de là!

Après avoir franchi un petit mur fracturé, ils aboutirent à ce qui semblait être un creux de cirque orné de grands rochers gris. A peine visibles dans la pénombre pré-nocturne, ces rochers avaient l’air aussi grands et aussi gris que les rochers au-dessus et même ceux d’en dessous. En amont de ce cirque, il y avait à gauche un vague dièdre, au mileu un petit couloir et à droite une rampe étroite.Le haut était déjà dévoré par un ciel à l’encre de chine.

-J’ai comme la curieuse impression qu’on est revenu au premier cirque, tu sais là où est passé tout à l’heure!
-On ne va pas allez plus loin, on y voit que dalle!
-Nous sommes encore très loin du sommet de toute façon! On va attendre l’aube ici, on n’a pas le choix.
-Quelle galère, le froid est pénétrant!
-Abrites-toi sous ton sac, on va dormir dos à dos!

Le silence fut pesant tandis qu’ils se préparaient.

-Tu veux du sauss’?
-Nan j’ai jamais faim en montagne…, dit JS

-P§**$§! Si j’aurais su, hé ben j’aurais pas venu!, dit JD
-C’est pas la première fois que je me retrouve planté, mais bon dans ce c’teu brume de malheur, ça me gave!
-La météo elle a dit quoi?
-Si t’écoutes la météo, tu restes au bistrot! Moi je regarde jamais la météo avant d’aller en montagne!, dit JS
-C’est bizarre mais à chaque fois que je fais de la montagne, je tombe toujours dans des galères, j’ai jamais vraiment compris pourquoi…
-Il y a rien à comprendre, en montagne t’as des chanceux et puis t’as des chèvres, c’est génétique, tu vois. Hé ben toi t’es comme moi tu fais parti des chèvres, faut s’y faire, c’est comme ça.
-Le truc en fait c’est que à chaque fois que je vais en montagne, je vis un truc assez galère mais après j’ai quand même envie d’y retourner en espérant mieux.
-C’est ça la montagne soit tu l’adore, soit tu la haïs…et pourtant c’est plus fort que toi tu peux pas t’en passer!
-Ouais c’est comme un purgatoire de nos conneries du quotidien!
-Moi je dis que je me lave de la pollution des villes quand je grimpe.Parfois ça me fait plaisir de racler les pierres, c’est ça que j’aime au massif de la Grand Gniolle. Tu peux faire tomber tous les cailloux que tu veux, t’as pas un connard que va se les prendre en dessous, ça change du massif du Mont Bleu!
-Ouais c’est vrai ça, on est mieux ici!

Le silence devint pesant, comme une cloche qui venait de s’abattre sur eux. La nuit avait avalé toutes les surfaces, et la clarté du monde des apparences s’était éteinte, cédant au mystère du monde de l’inconnu.

Le sommeil finit malgré tout par gagner nos deux alpinistes qui avaient bataillé ferme toute la journée. C’était la seule maigre récompense qu’ils pouvaient espérer.

Au milieu de la nuit, JD ouvrit l’oeil et scruta les formes insondables de l’inconnu. C’est alors qu’il vit un petit point blanc. Il scintillait comme l’espoir.

-Une étoile!! Il y a une étoile, Jack!
-Ou ça?
-Là…Ha merde, elle vient de disparaître…ha non elle revient!!
-Oui bon ça va, j’l’ai vu, je te crois!
-Ca sent bon, tout ça.
-J’espère…Bon maintenant il faut dormir…
-Ok.

(à suivre…)

Posté en tant qu’invité par marco:

youpi!!!, vraiment ils m’éclatent tes bonshommes Strider.

Mort de rire avec la phrase:
<Si t’écoutes la météo, tu restes au bistrot! Moi je regarde jamais la météo avant d’aller en montagne!, dit JS>

Merci pour ces lectures!

Posté en tant qu’invité par L’ abbé Nédictine:

Si t’écoutes la météo, tu restes au bistrot! Moi je regarde jamais la météo avant d’aller en montagne!,

ça, c’est de la bonne philosophie …

Allez vite, la suite !!!

Posté en tant qu’invité par benoït:

J’ouvre les paris :
En fait, JS et JD ont bivouaqué à coté du parking ou de l’attaque !

Merci Strider, la suite !

Posté en tant qu’invité par strider:

(la suite du récit…)

La nuit fut ponctuée de quelques croassements de chocards et quelques petites rafales de vent.

Lorsque JD ouvrit l’oeil au matin, d’intenses nuées rougeoyantes défilaient sous ses yeux.

-Hé, Jack, t’as vu ça!
-Quoi qu’est-ce qu’il y a encore?..Ho la vache!
-La brume s’en va!

Devant eux, s’étendait une mer de nuage, tapissée dans le creux du défilé. Sa surface semblait se disloquer en de grandes vagues de nuées rouges. Le disque aveuglant du soleil était déjà monté bien haut dans la voute céleste. Les rochers gris devenaient comme des gradins de théatres. L’aube irradiante avait magnifié la Terre.

-On a dormi tout ce temps?, dit JD
-Ouais mais nous sommes plein Est, le soleil monte très vite, il y a pas de gros sommets en face! Et j’crois que la brume s’est dissipée il y a peu…
-C’est bizarre, le bas du cirque est vraiment profond!

-Ho la vache, dit JS
-Quoi?, dit JD
-Retournes-toi, pardi!
-Bah, c’est pas…le sommet?!, dit JD, ébahi, Mais qu’est ce qu’il fout ici?

Juste au-dessus, accessible par ce qu’on pourrait appeler la fin d’un éperon peu individualisé, il y avait une crête qui menait à un gros cairn à la fière allure, sur une motte de roches brisés, rougeoyant fièrement au soleil.

-P§**$§!On s’est fait chié à dormir dans ce trou à rat et le sommet était juste à côté!!Bah tu vois c’est ça être une chèvre! Quoi qu’on fasse on n’a pas de bol!, ragea JS
-Hé ben moi je suis content que ce soit fini, dit JD
-Attends t’as pas vu le couloir merdique de descente!
-Ouais mais au moins on sait où il mène, c’est déjà ça!
-Bon on va au sommet sans plus attendre, il fait un froid de canard ici.

Le vague éperon final était de qualité très douteuse, mais la vision du cairn se rapprochant fut porté à un miracle céleste aux yeux de Jean Dure.

-Je continue les nettoyage, hein?, dit JD
-Je vois ça, dit JS
-Nan je disais ça au cas où on y retourne, pour dire…et comme il y a pas un con en-dessous!


Clang, bang, bang, pic…
Clang, bang, bang, pac…

-Le cairn, je le touche!, dit JD
-Elle est pas trop mal la vue, bon on voit pas aussi loin que depuis le Mont Bleu mais on voit quand même Noblegreux, Berrychamp, le massif de la Trarchreuse, du Cor-Vert, la chaîne de la Belladonna, les alpes gréseuses, le pays de l’Oiseux…ouais, c’est pas trop mal quand même.
-Tiens c’est bizarre les piles de mon appareil sont gélées…

Ils firent une pause brèquefeuste au sommet.

-Moi j’ai surtout soif, dit JS
-Attends je te sors l’eau!

Jean Dure fouilla dans son sac une bonne minute.

-Connerie de merde, j’retrouve pas ma première bouteille d’eau!
-T’as du l’oublier au rappel, et la seconde ça donne quoi?
-Tu l’as fini hier soir , tu t’en souviens pas?
-Nan, quand j’ai soif, moi je bois!
-Ca m’énerve d’avoir perdu tant de truc!

Ils entamèrent la tome, enfin disons que Jean Dure mangea la tome, pour être plus précis.
-Même les croutes sont bonnes, surtout après une telle nuit, la fringalle au p’tit matin, j’te jure!

Quelques minutes plus tard, alors qu’ils entamaient les ovomaltines, un grand gars barbu apparut sur le crête sommitale en direction du sommet
-Ca alors un autre gars! J’y crois pas!, dit JD
-Tu verras quand on rencontre un type dans ce massif, c’est toujours super sympa, assura JS

Le barbu vint directement les interpeler, les sourcils froncés:
-C’est vous qu’avez fait partir toutes les pierres dans le défilé ce matin?
-Qui?Nous, euh…, dit JS
-Bon je sais que vous les genres de gars à partir tôt, à faire la montagne comme des TGV et que les gens du grand age, ça vous connaissez pas, mais vous auriez pu faire gaffe tout de même, z’êtes pas seuls en montagne!
-Non, à vrai dire, on a dormi au sommet!, dit JD
-Ha bon? Et ces pierres alors elles venaient d’où?, dit le barbu
-Oui, oui on a dormi au sommet, renchérit JS, enfin presque au sommet quoi…
-Oui presque!, dit JD
-En fait on euh…on est monté hier soir, tranquillo, parce que…parce qu’on voulait passer la nuit en haut! Vous savez le bivouac, c’est sympa, c’est convivial, hein pas vrai Jean?, dit JS
-Voilà, c’est ça, dit JD, et du coup…hé ben on a déjà tout remballé et euh…les pierres, hé ben, c’est pas nous, quoi!
-Ha bah, désolé les p’tits jeunes, je voulais pas vous offenser, moi d’habitude je prends pas le casque en montagne, c’est pas de ma génération, ça…Belle vue, hein?
-Très belle surtout sur le Mont Bleu!, dit JD

-Au fait, dit le barbu, j’ai trouvé ça dans le premier creux de cirque, c’est à vous?

Il sortit de son sac une bouteille d’eau minérale Thonon.

-Bah la v’la ta flotte, Jean!, dit JS
-Mon eau, merci!Quel étourdi!, dit JD
-C’est pas très écolo votre affaire, les gars, hein?, dit le barbu
-Ho vous savez, assura JD, nous aussi on a trouvé une bouteille d’eau de chasseur de chamois pendant la course, alors bon on n’est pas les seuls à qui ça arrive, hein?
-Moi j’ai même trouvé un pneu dans la Vallée Bleue l’aut’fois !, dit JS
-Ha ba ça alors, dit JD, c’est vraiment dingue tout ce qu’on trouve en montagne!

FIN

Posté en tant qu’invité par visse:

Voilà, j’ai enfin eu le temps de lire ton récit. Excellent et bien vivant. C’est sûr que le massif de la Grande Gnolle, j’y met pas trop les pieds, trop sale réputation son rocher !!

Posté en tant qu’invité par strider:

benoït a écrit:

J’ouvre les paris :
En fait, JS et JD ont bivouaqué à coté du parking ou de
l’attaque !

perdu!! c’est l’inverse!

dommage du coup tu as manqué un formidable lot de diots aux choux…il est remis pour le prochain épisode (encore faut que l’écrive mais bon, tout en est dans la tête, hé,hé!)