Posté en tant qu’invité par strider:
-Le topo de la Dent de Trolles par le Défilé des Rochers Gris est simple et très clair, je trouve : Au cairn, prendre une rampe sur trois cent mètres à gauche, aboutir à un creux de cirque. Entreprendre en rive gauche de ce cirque une traversée ascendante vers la droite sur cinquante mètres. Arrivé à une plateforme sous un toît caractéristique, faire un rappel de quinze mètres, puis descendre un peu le couloir en dessous pour reprendre en rive gauche du couloir une grande rampe qui abouti à un second creux de cirque en forme d’amphithéâtre. En empruntant la fin d’un vague éperon à gauche, on retrouve l’arête des roches grises qui conduit très rapidement au sommet lu Jack Sellair avec plein de distinction
-On peut pas faire plus clair, dit Jean Dure, j’espère que j’aurai suffisamment la caisse!
-Pas de souci, si t’es au taquet, je te moufle, comme d’habitude, dit Jack Sellair
La Dent de Trolles, sommet principal du Défilé des Rochers Gris, dans la vallée de Roulenpierre .Sommet emblématique du massif de la Grande Gniolle, aisément reconnaissable par ses grandes masses rocheuses effritées, sans lignes clairement définissables. L’avis expert des géologues de la Faculté Joseph Nierfour parle d’ « un massif cristallin taillé dans un complexe micaschisteux datant de l’époque hercynienne et repris, fracturé par l’orogénèse alpine ». Les spéléologues avident de calcaires en parlent souvent en des termes certes peu élogieux : « tas de merdiers rocheux, affreusement monotone, aussi médiocre en surface qu’ en sous-sol». Mais tel n’était pas l’avis de Jean Dure et Jack Sellair qui en avaient fait leur massif de prédilection. Et ce pour des raisons très particulières. Pour Jean Dure, le rocher délité, ça l’arrangeait bien, c’était peut être pas le confort suprème mais ça l’évitait d’être au taquet vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pour Jack Sellair, c’était surtout parce qu’il n’y avait personne dans ce massif paumé, pas de treinards à doubler sur les sentes, pas de casse-pied à l’horizon, bref, le paradis.
Vous n’êtes pas sans ignorer que le propre des roches grises, c’est qu’elles sont, certes, grises, mais pour le cas du Défilé des Rochers Gris, elles sont uniformément grises, c’est à dire, qu’à l’oeil avisé de l’apiniste, toutes les couleurs sont grises sans s’étaler bien loin dans la gamme des gris.
Et ainsi était la couleur du ciel le jour de l’exploration de Jean Dure et Jack Sellair dans le défilé. Force est de constater que lorsque le ciel est gris, la lumière est diffuse, les ombres disparaissent des creux de rochers gris qui apparaissent tous lisses, uniformément gris.
Jack Sellair était en forme et tirait un peu de la corde Jean Dure qui trouvait que la qualité des rochers gris était plus mauvaise que d’ordinaire.
-D’habitude, il y au moins un rocher qui tient, un surlequel on peut se tenir!, ralait-t-il
La brume s’était installée et on n’y voyait pas plus loin que le cairn gris à trente mètres d’eux.
-C’est le cairn de la rampe!, affirma JS
-Attend, attend, pas trop vite!, souffla JD
Ils remontèrent cette rampe des plus fastidieuses, longues avec des rochers aussi gris que parpineux. Le nettoyage était de rigueur mais Jack Sellair, qui connaissait pas trop mal ce massif, savait pertinemment que cétait peine perdue d’espérer une propreté de clinique dans de tels lieux.
Ils aboutirent à ce qui semblait être un creux de cirque orné de grands rochers gris. Probablement aussi grands et aussi gris que les autres rochers du défilé. En amont de ce cirque, il y avait à gauche ce qui ressemblait à une rampe, au mileu un vague couloir et à droite un éperon comparativement bien individualisé.
-Pas de souci!, dit Jack Sellair, le topo dit qu’il faut maintenant engager une traversée ascendante en rive gauche du cirque.
-Donc c’est la rampe à gauche, dit Jean Dure, essouflé.
-Mais non, voyons, c’est en rive gauche du cirque donc c’est à droite, donc faut prendre l’éperon de droite et non la rampe de gauche. Comprends-tu?
-Non. Rive gauche, c’est bien la rive qui est à gauche, donc c’est à gauche du cirque, que je sache?
-Pas du tout. L’un des préceptes de l’alpinisme te dit que lorsqu’on dit « rive » faut inverser ensuite la direction. Si on te dit 'rive gauche" c’est que c’est à droite, si on dit « rive droite » c’est que c’est à gauche.
-Ha bon? Il n’y a pas de « rive du milieu » ?
-Ben quand c’est au milieu, on dit que c’est au milieu qu’il faut passer ou encore « tout droit », assura JS.
Ils montèrent, dans un terrain très classique, c’est à dire quelque peu délité, le vague éperon à droite en ce qui ressemblait fort à la traversée ascandante précisée sur le topo.
-Génial ce topo!, s’exclama JS, vraiment très fiable
-Attend, attend, je crois que je suis taquet!! dit JD, effrayé, dans un mauvais pas, faisant le grand écart entre deux caillassons branlants.
-Je te tire!, assura JS
Un peu plus loin, JS fut très satisfait de la tournure des évènements
-Le voilà, le toît caractéristique!
Le fameux toît en question était à peine discernable dans la brume.
-Et voilà la sangle de rappel sur la plateforme…épatant ce topo!
-Houla! Il a une sale gueule ce rappel, tout parpineux et en rocher gris dégueux!, dit JD
-C’est celui-là, il y a pas de doute, dit JS
-T’es sur de toi, là?
-Cent pour cent.
JS installa brièvement le rappel sur cette sangle à l’ allure chiffonneuse et parti le premier, très confiant.
-C’est bon, je suis au bord du couloir, tu peux me rejoindre!
JD, tremblotant une bonne minute, se résigna finalement à mettre son derrière face au ciel et commença à descendre sur la corde.
-Merde!! J’ai oublié de mettre l’autobloquant, p§**$§ de merde!, dit JD qui claquait des dents
-T’inquiètes, je fais le contre-assurage d’en bas.
-Oups, pierres!!
clang, bang, bang, tac!
Arrivé en bas, JD fit un constat navrant des décrépitudes des conditions de la montagne.
-Mais il est tout sec ce couloir!
-Rien d’étonnant à cela. Et puis comme ça on ne met pas les crampons, on gagne du temps, dit JS
-T’es sur que c’est pas parpineux?
-Allez on y va, il y a pas le choix de toute façon.
-Attend, attend, faut que je refasse mon noeud de huit, je l’ai raté, dit JD
En effet, la descente du couloir fut scabreuse. JS envoya JD en premier afin que celui-ci nettoya le passage.
-C’est pas celle-là, la rampe ascendante en rive gauche?dit JD en désignant une rampe étonnemment propre à gauche
-Mais non, combien de fois vais-je te le répéter : le précepter de l’alpinisme te dit que lorsqu’on te dit « rive » faut inverser la direction. Ce qui est en rive gauche est à droite.
-Ha oui j’avais oublié
-La rampe s’ouvrira à droite, assura JS
Pon!!!
Il y eut un silence de mort.
-Tiens il y a de la chute de pierre, c’est craignos ici, dit JS
-Euh, non, c’est moi. J’ai toujours du mal à digérer la tartiflette d’hier soir.
- Tu ne vas pas me dire que j’ai pas assez cuit les ognions?
- Si, justement et le rebloch’ fermier était trop fait pour moi.
-Bon allons-y, pas de temps à perdre, dit JS
Le couloir fut plus long que prévu
-Curieux quand même qu’on descende ainsi, dit JD
-Quand il y a de la brume, on a tendance à majorer les distances, affirma JS
-C’est peut être ça? dit JD en voyant une grande rampe délitée à droite
-Ben voilà, qu’est-ce que je te disais! Tiens, la preuve, il y a un cairn.C’est le bon chemin.
Ils remontèrent cette rampe des plus fastidieuses, longues avec des rochers aussi gris que parpineux.
Ils aboutirent à ce qui semblait être un creux de cirque orné de grands rochers gris. Probablement aussi grands et aussi gris que les autres rochers du défilé. En amont de ce cirque, il y avait à gauche ce qui ressemblait à une rampe, au mileu un vague couloir et à droite un éperon comparativement bien individualisé.
-C’est le second creux de cirque! Vraiment épatant ce topo! , s’exclama JS
(à suivre…)
[%sig%]