Interdiction de rigoler

Posté en tant qu’invité par Francois:

Puisque ma prose vous plaît (mais si, mais si, dites pas le contraire!), je vous balancerai lundi une autre tartine sur un sujet brûlant.
Mais alors là sérieux, hein, interdiction de rigoler…c’est sur la sécurité dans la montagne.

Posté en tant qu’invité par Thomas:

Et pourquoi tu balancerais pas l’autre tartine atomique maintenant ?!

Posté en tant qu’invité par Laurent:

une tartine sur un sujet brulant: du pain grille en quelque sorte/

Posté en tant qu’invité par Charles:

Alors là , je rigole

Posté en tant qu’invité par Antoine:

Ben on est mardi et je vois rien ?
Sur quel forum retrouve-t-on ce nouvel envol littéraire du Bossuet des cîmes ?
je poursuis mes impatientes recherches !

Posté en tant qu’invité par Francois:

Ce texte a été publié dans la plaquette de présentation de l’assemblée générale 2002 de la Fédération des CAF. En outre, si vous avez la curiosité de vous procurer cette plaquette, vous y découvrirez avec admiration une magnifique photo couleur de votre serviteur…

"Dans les années 70, lors d’un séjour dans les Pyrénées, nous
avions fait la face Nord de la Pic Longue au Vignemale. Cette voie, j’ai eu l’occasion de la parcourir à nouveau plus récemment. Elle n’avait pas fondamentalement changé. Peut-être quelques pitons en plus. Lors de notre premier parcours, je me souviens n’en avoir trouvé que deux. Il fallait donc planter des pitons et construire les relais. A cette époque, la théorie du coinceur était encore en élaboration dans les Yosemites lointaines. La voie elle-même donc avait peu changé, la différence étant d’ordre conceptuel. Différence matérialisée par une cordée de deux jeunes gars que nous avons rattrapés vers le milieu de la paroi, techniquement parfaitement compétents du point de vue escalade, mais manifestement peu à l’aise : difficulté à trouver la voie, multiplication des points d’assurage, difficulté dans l’élaboration des relais …
Aussi me suis-je à nouveau demandé : pourquoi ces jeunes, apparemment compétents, pataugent-ils dans cette voie assez longue et engagée, certes, mais somme toute pas très difficile pour les bons grimpeurs qu’ils étaient?
Cet été encore, dans la voie normale de la Barre des Ecrins, la plupart des cordées étaient équipées d’un rappel de 100 m, alors que 20 m de corde à simple suffisent, de deux piolets par bonhomme et décorées de matériel comme un sapin de Noël. La progression s’effectuait en tirant des longueurs bien que l’arête fournisse tout ce qu’il faut et au-delà pour avancer rapidement, et en toute sécurité, corde tendue ou aux anneaux.
Donc nous avons d’un côté compétence technique, matériel surabondant, et de l’autre progression lente, voire laborieuse, sur des itinéraires classiques ou même faciles. Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Y aurait-il une carence au niveau de la formation ?
Il est bien évident que le souci de toutes ces cordées est la sécurité. Alors posons brutalement la question : la philosophie sécuritaire actuelle ne va-t-elle pas à l’encontre du but recherché ? Est-ce que les voies spitées, équipées, sécurisées, n’engendrent pas un relâchement de la vigilance, de l’esprit d’initiative ? une confiance absolue dans l’équipement en place n’est elle pas à l’origine d’une certaine insouciance, d’un certain renoncement à apprendre à se débrouiller tout seul ?
Lors d’une descente en rappel dans les Cerces, il y a quelques années, nous avions rejoint deux gars, barbe de trois jours savamment inculte, en perdition à un amarrage: il y avait bien deux spits mais ni chaîne, ni maillon, anomalie que je ne me charge pas d’expliquer. Nous leur avions suggéré de mettre un maillon rapide. Ils n’en avaient pas. Alors nous leur avions dit d’installer un anneau de sangle ou de cordelette. Ils n’en avaient pas. " Coupez un bout du rappel " (horreur!). Ils n’avaient pas de couteau. " Abandonnez un mousqueton ". Ils n’y avaient pas pensé. Le topo indiquait dix dégaines, ils avaient pris dix dégaines. Point barre. Ils étaient par ailleurs parfaitement compétents mais le fait qu’ils pourraient trouver de l’imprévu ne leur était pas venu à l’idée et n’entrait pas dans leur représentation.
La véritable sécurité n’est-elle pas de savoir se débrouiller par ses propres moyens quelques soient les circonstances? Or actuellement, semble-t-il, les grimpeurs ne sont pas assez formés à l’imprévu. Pourquoi? Parce qu’ils sont formés sur des sites aseptisés où l’imprévu non seulement n’a pas sa place, mais est absolument banni. Est-il normal de trouver en montagne, même dans des voies dites sécurisées, des grimpeurs qui ne savent pas planter un piton (un quoi ?) ou poser un coinceur? Si on me répond « oui », c’est que je ne suis plus dans le coup! Qu’il manque un spit, un relais, qu’on casse un crampon, qu’un coup de vent embarque le topo et c’est le drame.
Lorsque j’ai commencé la montagne, il y a …euh…quelque temps…on nous apprenait qu’il ne fallait pas tomber. Maintenant, on apprend à tomber. Certes, c’est louable, mais pas dans n’importe quel contexte. Le risque est qu’on prenne l’habitude de tomber et qu’un jour on tombe dans un endroit où il ne faut pas. Et on se cassera la figure pour de bon. On nous apprenait qu’il existait une éthique, laquelle éthique avait comme exigences, entre autres : grimper avec le moins de points possibles, ne pas poser de spits (car à l’époque, le spit, c’était le diable), partir du bas et arriver au sommet en acceptant les conditions rencontrées et en suivant avec intelligence et subtilité le cheminement proposé par la montagne et non pas avoir le nez sur une " ligne " et rester paralysé et perdu et se dévissant la tête de tous côtés si on ne voyait pas le point suivant. Moyennant quoi on grimpait assez " expo " (suivant les normes actuelles) mais on se débrouillait à peu près partout. Et si on n’avait pas le niveau, eh bien, c’est fort simple, on n’y allait pas.
Réflexions de vieux pour qui " de mon temps, c’était mieux "? Peut-être. Cependant, ce que je peux constater tous les étés en montagne m’incite à penser que je n’ai pas tout à fait tort. Les grimpeurs, de plus en plus, progressent en montagne comme ils progressent en falaise, en tirant des longueurs. Et on " fait des horaires « , et la fatigue s’accumule, et on descend sur une neige calamiteuse etc…
De ce point de vue, les grimpeurs pratiquant également le ski-alpinisme sont beaucoup plus à l’aise pour la bonne raison qu’ils ont l’habitude de chercher un itinéraire, d’évaluer les conditions, de tenir un horaire, de progresser les sens en éveil, de se dépatouiller en toutes circonstances, bref, qu’ils ont une connaissance de la montagne, une culture alpine (lâchons le mot), que les " simples " grimpeurs ont de moins en moins. A ski, surtout en pente raide ou dans les passages exposés, on est seul, on ne tombe pas. Il faut donc posséder parfaitement son sujet.
En conclusion, qu’est-ce que la sécurité en paroi? Plus qu’un équipement systématique à grands coups de marteaux piqueurs et de perforatrices à batterie (pratique que l’on peut d’ailleurs contester dans le cadre d’un débat plus " écologique " mais ce n’est pas le propos) il s’agit donc d’un état d’esprit : être autonome, se tirer d’affaire quelque soient les aléas. C’est le message que nous nous devons de faire passer et les techniques que nous nous devons d’apprendre aux membres de nos clubs.
En conclusion de la conclusion, je dirai que les voies équipées, c’est quand même drôlement confortable et agréable ! »

Posté en tant qu’invité par fabrice:

J’ai lu avec beaucoup d’interet ton texte et je dois dire que je suis en parfait accord avec toi sur ce sujet.
J’avoue etre souvent effare par l’equipement de certains en montagne, dans des itineraires classiques et sans difficultes particulieres, trimbalant des kilo de ferraille et se trainant sur les glaciers comme des sapin de Noel (c’est sure qu’avec 40 kg de matos sur le dos, on est beaucoup moins veloce qu’avec un sac de 8-10 kg)et tenir un horaire devient deja plus problematique, et le temps passe vite en montagne, la neige se transforme rapidement, le pont de neige encore bien solide a 7h du matin devient un passage tres aleatoire voire impossible a 9h.

Une autre chose que j’observe souvent depuis que je pratique l’alpinisme ou l’escalade, c’est un manque evident de condition physique chez bon nombres de pratiquant (que l’on croit pouvoir compenser en additionnant le materiel, souvent supperflu et inutile) or des courses d’alpinisme ou de longues voies d’escalade ca se prepare physiquement,techniquement , moralement progressivement. il est vrais que pour cela, les skieurs-alpinistes ont souvent un avantage pour « demarrer » la saison d’ete, car ils se sont entraine dans du terrain non asceptise, physique , demandant et developpant un sens de la montagne et se forgeant physiquement pour les courses d’ete.
Tout le monde n’ayant pas la possibilite le faire du ski-alpinisme, d’autres activites peuvent vraiment aider en montagne comme le cyclisme, la course a pieds en terrain vallonne, la marche a pieds ou en raquettes dans des massifs de moyenne montagne, si possible dans de mauvaises conditions meteo pour avoir un vecu, et ne pas se retrouver perdu en plein mois d’Aout, car on ne connait la montagne que par grand beau temps sec et stable.
Je pense qu’il y a 2 tendances dans la pratique de la montagne qui se dessinent depuis un certain temps, et s’emplifie actuellement avec cette velonte de risque 0, d’un cote les tenant d’un alpinisme non asceptise, ayant tendance a se rarefier et de l’autre une pratique totalemant sous controle, bien dans la ligne actuelle du tout securitaire, risque 0, probablement dans pas longtemps avec acces payant car securiser.
(on le vois avec les via-feratta payante, et peut etre bientot la voie normale du Mont-Blanc)
Et on voit bien que c’est la tendance car on n’admet plus le risque et surtout qu’il y ai des espaces de liberte echappant au controle des « autorites », alors on fustige bruyamment, on montre du doigt, on en fait la une des journaux lorsque 1 malheureux se tue en montagne, car on lui reproche cette recherche de liberte d’action non controlable (meme s’il y a parfois de l’imprudance).
ca gene cette societe qui ne comprend pas pourquoi on va en montagne.
Pour conclure je dirais que la montagne, est un espace de liberte en danger si on n’y prend pas garde, a la fois par cette tendance au surequipement (acces et progression) favorisant souvent une surfrequentation de certains secteurs, y amenant sans doute des gens qui n’y auraient jamais mis les pieds (par une fausse impression de securite).
Entrainant biensur son lot d’accident et favorisant des decisions securitaires de « responsables » locaux tendant a limiter la liberter d’acces aux espaces non asceptises et gratuits.

voila, a vous de reagir…

Posté en tant qu’invité par Pierre-Olivier:

Que voilà un beau texte.
J’vais le garder.

Est ce que je peux afficher ta prose (celle ci-dessus et ton lexique montagnard) dans les locaux de mon CAF? Est-ce qu’il faut te verser des droits?

PO

PS: Y’a quelquechose qui me turlupine dans tout ça. Pourquoi c’est posté sur le forum Alpinisme et pas escalade? Penserais-tu que le public « grimpe » n’est pas sensible à ces préoccupations?

Posté en tant qu’invité par Francois:

Mais oui! affiche, mon ami, affiche…
Quant aux droits d’auteur, que voilà une bonne idée! et pour répondre à ton PS, fallait bien que je mette ça sur un des 3 forums. Comme je parle d’alpinisme, de ski et d’escalade, je l’ai mis sur le forum qui me paraissait le plus « transversal ».

Posté en tant qu’invité par grimpeur mouillé:

Ai, Ai, Ai…
Il n’y a pas de correcteur d’orthographe chez Novartis (même si ils savent déja « corriger » le génôme de certaines plantes…)
Désolé François, je fais ton boulot…
Ton"asceptise" me laisse sceptique,le"controle"se chapaute(^),et sécuriser est employé ici comme adjectif et s’accorde donc(une voie sécurisée…encadrée par moultes gendarmes, pour empêcher les grimpeurs d’y laisser leur …liberté…)et quid des « via-feratta payante »(s)
Bon j’arrête pour en laisser aux suivants…
David

Posté en tant qu’invité par Véro:

le"controle"se
chapaute(^),

Plutôt se chapeaute, non?

Je suis tout à fait d’accord avec le texte de François. J’ai aussi l’impression qu’il y a un manque certain de formation chez beaucoup de pratiquants et ce à tous niveaux. J’ai passé cet été le brevet d’initiateur alpinisme du CAF (Terrain Montagne) et j’ai été surprise de voir que plusieurs stagiaires ne savaient pas vraiment comment faire un relais en montagne. Et pourtant, après une semaine de stage, ils ont eu leur brevet. Sont-ils autonomes pour encadrer dans leur club et initier des débutants? Sauront-ils faire face à un imprévu, même lors d’une course facile?

Posté en tant qu’invité par fabrice:

Cher grimpeur mouille (maitre es-orthographe), pour les accents, tu me pardonneras, avec mon clavier anglais, je n’ai pas le temps d’aller chercher comment chapeauter mes « o » et mes « e ».
Quant a « asceptiser » tout pour moi, le « c » m’a echappe, promis je ferai des lignes d’« aseptiser », et toutes mes excuses pour ces qq fautes, qui n’ont pas echappees a ton oeil de lynx, personne n’est parfais (a part toi sans doute).

Posté en tant qu’invité par Antoine:

Euh… parfais ? non, parfait !
Un commentaire donc, ça c’est ben vrai !

Posté en tant qu’invité par fabrice:

Manque de bol, j’avais adresse ce parfai(S) piege a grimpeur mouille, et il faut que ce soit un autre oeil de lynx de l’orthographe des autres qui tombe dedans…
Presque rien a redire pour ton orthographe, par contre, ta grammaire laisse a desirer.
Relis toi plus haut…

Posté en tant qu’invité par Jean-François P:

Pfuiiiiiii ! Le fond est plus important que la forme !
Le sujet de François était interressant (on le met où le chapeau ?), vous l’avez banalisé…
Je partage ton point de vue sur la sécurité : c’est le facteur humain qui compte le plus. On a vu des gens mourir de « peur » en montagne. Dans des conditions qui ne laissait pas présager une si funeste fin. Mal, ou peu, ou pas du tout préparés, les apprentis-grimpeurs ne se rendent pas compte de la dualité dangers objectifs/dangers subjectifs. Nous avons, nous les vieux, probablement une responsabilité dans cette perception de la Montagne par les plus jeunes.
Mais, où avons nous merdé ?
Jeff

Posté en tant qu’invité par Thomas n°2:

Salut, j'ai lu avec interet le sujet de Francois et les reponses qui ont suivies. J'ai 27 ans et je pratique depuis quelques annees surtout dans l'oisans, je suis un "jeune's" donc. Je me souviens tres bien de mes debuts en alpinisme ou on ne savait jamais trop quoi emmene parce qu'on ne savait pas ce qui nous attendait sur place. Avec le temps l'habitude et surtout l'experience ca c'est tres vite ameliore. Pour les vieux qui ont faits leurs classes il y'a plus de vingt ans ca doit paraitre ridicule de se ballader aux ecrins avec du matos de goulottes. Mais voila eux ils ont le vecu necessaire et l'experience et ca ca ne s'apprend pas dans les bouquins, il faut bouffer du cailloux. Le meilleur montagnard est sans doute le plus vieux contrairement aux bons grimpeurs. Autres choses aussi, les medias nous cassent les couilles en permanence avec les risques de la montagnes les inconscients qui s'aventurent en espadrilles etc...Personnellemenbt j'en voit pas tant que ca des fous furieux, je vois surtout des gens qui se surequipent par peur de se trouver en position difficile et qui esperent ainsi avoir une marge confortable. La haute montagne attire mais elle fait peur aussi, les magasins peuvent se frotter les mains...Laissons donc aux jeunes le temps de vieillir un peu et de s'acclimater...Rappellons nous que Gaspard et compagnie dormait comme des boucs planques sous les cailloux en simple guise d'abris. Ils rigoleraient sans doute en voyant les dernieres tenues Gore-tex a la mode (et surtout leurs prix....) et les derniers sacs de bivouacs.