Facteur humain hors avalanche

On parle souvent du « facteur humain » dans le cadre des avalanches, mais ce weekend j’ai vécu une autre expérience que je pense qu’on peut aussi attribuer au « facteur humain », alors que ça n’avait rien à voir avec les avalanches.

Je partage ici mon récit SERAC, que je n’étais pas sur d’écrire vu la banalité du truc (perçage d’un pont de neige jusqu’à la taille mais sans être encordé, alors que j’étais en train de gérer une situation une peu complexe), mais avec moins de chance, ça aurait pu être bien moins cool, et je trouve qu’il y a peut-être des leçons à en tirer. Sinon, ce récit peut être vu comme « confession séculaire » de mes « péchés » (lapse de jugement).

https://www.camptocamp.org/xreports/1887934/fr/percage-pont-de-neige-grossvenediger

Si vous avez eu des expériences similaires, ou simplement des commentaires, tout m’intéresse.

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Le facteur humain ne concerne pas que la gestion du risque d’avalanche, mais n’importe quelle gestion de risque. Et même n’importe quelle anticipation/évaluation/prévision de qqch, pas seulement pour un risque.

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Ce n’est un facteur humain, plutôt matériel mais pas totalement hors sujet non plus.
A ski, si on envisage de progresser sur un glacier sans s’encorder (comme c’est presque toujours le cas à la descente), avoir au moins 2 cordes dans un groupe pour éviter de se retrouver dans la situation ou celui qui porte la corde ne peut pas être secouru. Par exemple, dans un groupe de 2, chacun devra porter une corde.

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Je suis bien d’accord, le facteur humain se présente sous des diverses formes. Mais quand je me suis mis à lancer ce sujet, j’ai tapé « facteur humain » dans le moteur de recherche du forum, et eu que des sujets axés autour des avalanches. Ce qui est compréhensible, car ce qui est piégeux avec le ski c’est que les bonnes conditions de ski sont souvent associés aux mauvaises conditions nivologiques, donc c’est dans ce cas là où la volonté de « profiter » est le plus souvent en désaccord avec la nécessité de survivre.

Pour moi si, mais c’est déjà intéressant d’avoir d’autres points de vu. Pour moi le facteur matériel principal, c’était d’avoir enlevé les skis. Mais le facteur humain, c’était: le conflit entre vouloir assurer (un peu) la sécurité des autrichiens, et de gérer la fatigue (et éventuellement les effets de l’altitude) de mon compagnon. Déjà: si j’avais pris les 2 min pour remettre les peaux, même avant de partir, le temps se serait dégagé on aurait capté que les autrichiens étaient déjà plus bas.

Complètement d’accord avec tlcd, il faut avoir une corde chacun si on est que deux skieurs sur glacier, sinon, c’est une forme de loterie.
NB : Il faut aussi que les deux sachent chacun faire un mouflage, et aient le matos pour, sinon ca continue à être une loterie !

Pour le reste, je pense que le facteur humain est présent ds 90% des accidents, au moins !
Deux questions à se poser : y avait il moyen d’éviter ou minimiser le risque ?
et (en général, c’est oui) pourquoi cette autre solution n’a-t-elle pas été choisie (et là arrive le facteur humain…)

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Tu parles de manière générale ?

Intéressant que vous évoquez plus le fait d’avoir qu’une seule corde dans le groupe que le fait d’avoir enlevé les skis. Je retiendrai (les deux) pour la suite.

Oui, ca me semble applicable à tout incident.
Ici le fait d’enlever les skis augmente le risque, et le fait de n’avoir qu’une seule corde aussi.

Merci pour ton rapport d’incident, Rufus.
Je rajouterais bien un élément d’analyse, après lecture de ton compte-rendu : la planification incertaine des modalités de la descente des deux autrichiens.
Quand tu écris :

« Avant de descendre, les autrichiens nous demandent si on peut descendre ensemble. »

on ne sait pas bien qui est ce « nous » à qui est formulée la demande : votre groupe ? celui des allemands ? les deux groupes ?
Les deux autrichiens allaient-ils descendre avec votre groupe ou avec celui des allemands ? Car deux cordées ne descendent jamais nécessairement à la même vitesse, surtout comme cela s’est avéré avec la vôtre, à cause d’une personne fatiguée.
Déterminer avant de partir quel groupe accompagnera les autrichiens et quelle place sera fixée à ces derniers durant la descente -devant ou derrière vous- aurait peut-être évité de devoir se poser la question en cours de route, de les appeler en vain et finalement de devoir sans visibilité déchausser pour remonter les chercher.

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Oui, pour moi c’est assez flagrant qu’il y a bien un facteur humain dans ton récit : la gestion d’un groupe d’inconnus. On devine qu’il n’y a pas eu de planification entre vos groupes, ce qui fait que vous avez eu un doute sur le fait qu’ils soient bien descendu. Sans cet évènement, on peu facilement arguer que tu serait resté dans la situation initiale, en sachant bien où étaient tes compagnons et n’aurait pas eu à remonter dans une relative improvisation*.

*improvisation n’est pas à comprendre dans un sens critique ou médisant, mais juste pour ce que ça me semble être : une décision prise rapidement pour gérer une situation inattendue qui conduit à prendre des décisions peu réfléchie. Ici, remonter dans des dispositions différentes de celles que vous aviez adopté à la montée. On improvise tous, c’est même constitutif de notre pratique de s’adapter à l’imprévu, mais c’est souvent un facteur accidentogène.

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C’était bien demandé à mon groupe de 3 (moi + les deux tchèques). Ils ont peut-être demandé la même chose aux allemands. Mais ensuite un peu de confusion car beaucoup de monde au sommet + brouillard.

Pas sur, car on est sorti du glacier même pas 5 min après eux, et si on avait pas eu ce petit moment de doute, on serait tous arrivés en même temps.

D’accord. Où encore mieux: tous descendre ensemble, car les allemands n’avaient qu’une corde aussi. Ça aurait fait trois cordes pour 8 personnes.

D’accord. En fait, je pense que les deux autrichiens se sont sentis un peu exposés, car il faisaient originalement parti d’un groupe de 4 dont deux étaient restés au refuge (complètement cramés par la monté au refuge déjà). C’est pour ça qu’ils se sont organisés pour monter et descendre avec des autres. Mais il aurait du avoir plus de concertation.

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D’une manière générale, les changements de plan de dernière minute sont aussi un facteur de risques.
Typiquement une personne en plus ou en moins - qui change la manière globale de s’organiser sans qu’on ait bien le temps d’évaluer tt ça.

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Globalement si, mais je me dis que pour une sortie sur glacier avec peu de risque d’avalanche (pente faible et nivologie globalement favorable) plus de monde et plus de cordes, c’est toujours mieux. Et de toute façon j’ai senti tout de même un peu de responsabilité envers les autrichiens (jeunes et péchus mais pas forcément très expérimentés) - je ne peux pas m’imaginer avoir dit « non, débrouillez vous » suit à leur demande.

Mais encore faut-il que tout le monde soit d’accord sur ce qui est le nouveau plan !

Le facteur humain intervient chaque fois qu’il y a « humain », donc pas seulement dans un contexte montagne. Possible aussi dans un contexte hippique.

Ah non, ça c’est le facteur cheval :grin:
Pour en revenir à ce cas particulier de « facteur humain » où un imprévu se présente, et où on omet de bien structurer et communiquer sur la suite de la sortie :
En sortie seule à ski de rando dans un secteur que je connaissais comme ma poche pour y aller très régulièrement, rando facile et un peu longue, avec du dénivellé et des passages différents, des orientations différentes. Il faisait beau mais plus haut un épais brouillard est arrivé.
Ça ne me posait aucun problème, je savais très bien par où il fallait passer. À l’époque, pas de gps ni de portable.
Et je trouve un petit groupe de 3 ou 4 personnes assises à picniquer, étonnées que je continue malgré le brouillard. Je leur ai expliqué que je connaissais très bien etc…
Ça a donné tellement confiance à une jeune femme du groupe qu’elle m’a demandé si elle pouvait venir avec moi. Ok, pas de soucis.
Elle m’a bien suivie dans la trace jusqu’au sommet, super contente. Tellement rassurée qu’à la descente elle a foncé et a disparu dans le brouillard.
Quelle angoisse, j’avais peur qu’elle se perde, qu’elle parte dans des coins craignos…
J’ai foncé pour la rattraper. Heureusement un peu plus loin elle s’était arrêtée, paumée dans le brouillard. Et on s’est retrouvées paumées toutes les deux, j’avais perdu mes sensations de repère en fonçant pour la rejoindre.
Je lui ai expliqué, mais un peu tard, qu’il fallait absolument qu’elle me suive, qu’elle ne passe pas devant. Pour ne pas la paniquer, je ne l’ai pas mise au courant du problème, nous sommes descendues lentement jusqu’à ce que je retrouve un super repère (un col qu’il ne fallait pas passer) et ensuite, tout s’est bien déroulé jusqu’à la sortie de la brume et le retour au soleil. Ouf, une chouette sortie pour la nana, mais un gros moment d’angoisse pour moi !

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C’est récurrent les gens qui osent pas y aller seuls, mais se sentent invincibles s’il y a un.e sachant.e.
Et font alors n’importe quoi.
Un peu pitoyable à mon sens et totalement irresponsable .

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Pour moi c’est un peu trop sévère. Ils n’étaitaient pas incompétents, et je les aurais volontiers accueilli dans notre cordée ou à côté. Fallait juste un peu plus de communication.

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