Essai: le sens de la démarche

Posté en tant qu’invité par Slysauvage:

Bonjour. Le montagnard n’aime pas trop s’exprimer, expliquer le sens de sa démarche. Pourquoi ? Il peut-être ridicule de vouloir donner un sens a tout, mais personnellement j’ai envie de discuter. Juste une volonté d’exprimer ce que je ressens. Réflexion d’un soir…

La montagne et ses dangers suscite tant de questions sur ce qui peut motiver un alpinisme a prendre parfois une option importante pour le drame. Qu’est ce qui peut motiver un grimpeur a aller la haut? Penses-tu que ce que l’on cherche en montagne se trouve aussi en soi? Je pense que oui, je pense que tout se trouve en soi, que tout part de soi, et que l’exterieur n’est qu’une sorte de « matrice » (en hommage au film Matrix pour son scenario) pour decouvrir par l’experience que l’on peut revenir vers soi… Comme cette phrase qui dit qu’il est important de partir pour revenir. Certains vont y chercher probablement du merite, de la reconnaissance, le regard des autres, un sens a donner a sa vie banale par des prises de risques importants. En revanche je crois que l’etre humains vit selon des besoins, tant sur les plans physique que moral et emotionnel, et que l’un des plus importants est celui de l’exploration, du mouvement, de l’aventure donc du risque. Ne pas le vivre dans sa vie c’est presque se rendre « malade », a mon avis. Pas mal de fois je me dis que tout le monde finis par etre alpiniste une fois, et son inverse une autre fois, histoire un jour d’y trouver le juste milieux, et qu’aujourd’hui on est dans notre phase montagne. J’ai lu un bouquin de Walter Bonati il y a quelque temps qui se moque, a l’epoque ou il fait de l’alpinisme extreme, des psychologues qui cherchent a comprendre le pourquoi de sa motivation. Je ne me souviens plus tres bien de sa phrase mais il explique que ca ne sert a rien d’y chercher une explication, c’est ainsi, c’est la nature en lui, detache totalement du respect ou de l’admiration des autres. Il le vit de l’interieur, ca m’a convaincu sur son amour de la montagne. Faudrait que je retrouve ce passage. Le manque d’amour de soi pousse a se vanter dans son domaine favori, ou l’on a du talent, ca j’en suis convaincu aussi. Dans 7 ans au Tibet, il y a un (autre) passage que j’adore ou l’alpiniste allemand se vante des sommets qu’il a gravis devant une belle tibetaine qui lui repond que dans sa culture on n’admire pas les gens qui font des exploits mais ceux qui peuvent s’en passer… Pas mal! La montagne, pour moi, doit etre pratique pour progresser, grandir, dans pleins de domaines dont le plus important est l’amour de soi. La limite avec l’orgueil est tres subtile bien sur. La question que je me pose tout le temps est en quoi ma pratique de la montagne m’aide a grandir, a m’accepter encore plus… A m’aimer plus, donc les autres. Sujet sensible que j’aborde car parler d’amour de soi n’est pas si facile, si reconnu. L’amour n’est pas un sujet de conversation de quartier alors qu’il devrait l’etre. Mais c’est un sujet que… j’aime. Une croix se trouve sur tous les sommets. Illustre-t-elle le chemin de croix de chacun pour acceder au but fixe ou pour faire comprendre que la-haut c’est un peu d’amour de soi que l’on devrait trouver?

Posté en tant qu’invité par lostris:

Je crois que l’amour de soi permet d’aimer les autres… Je m’explique. C’est en se sentant bien que l’on est bien avec les autres. Rechercher l’amour de soi en montagne ou ailleurs, n’est que la quête de trouver la place qui est la sienne et de s’y trouver bien. S’aimer ce n’est pas pas avoir un égo surdimesionner qui ne voit personne d’autre que soi… -parlez moi de moi il n’y a que ça qui m’intéresse- mais simplement être suffisament bien avec soi pour être bien avec les autres et parmi les autres.
Et gravir ce n’est pas se colleter avec soi aussi ?? Et essayer de vaincre … sinon de se vaincre ?? Mais trouver l’amour de soi là-haut … Tout simplement se trouver là-haut parce que si petit dans l’immensité… Je dirai plutôt se retrouver en accord avec soi et le reste du monde devant un spectacle somptueux ??

Mais oupsss…

Posté en tant qu’invité par A.P.:

Moi j’aime bien qu’on s’interroge sur le sens de cette pratique, pour se connaître mieux, tu dis, et s’aimer au moins un peu, et j’ajoute pour ne jamais se mentir à soi même. Rarissimes sont les personnes disposées à écouter les « états d’âme ». J’en déduis que le projet de grimper et nos émotions sont du domaine de l’intime et peuvent de la sorte, paraître à certains comme un déballage inconvenant, voire vulgaire, avec peut être en toile de fond la peur de se confronter à soi même… Mais s’il n’y a pas cette interrogation permanente, c’est quoi grimper ? juste une gymnastique sur un support particulier, à la poursuite de l’échelle des cotations. Faire un truc vide sens, ça n’a pas de sens !

Posté en tant qu’invité par Roland:

Sujet éternel…

Avant de te donner mes éléments de réponses personnels, je ne résiste pas à la tentation de te livrer un texte écrit par un ami (Philémon T.) avant son départ en Patagonie. C’est un peu long à lire mais il y a des choses intéressantes… et peut-être quelques réponses à tes questions.
(C’est extrait de « Voyage au pays où les rivières coulent vers le ciel » avec l’autorisation de Philémon)

"Le peuple des pierres.

Un samedi après-midi de juillet, quelque part dans un vallon des Ecrins (France)

Sur le linteau d’un petit chalet d’alpage, en bordure de notre sentier, une inscription gravée dans la pierre défie le temps… et l’esprit vagabond des marcheurs :

« Le chemin qui mène à la Sagesse est long, tortueux et semé d’obstacles ».

Nous remontons depuis des heures la longue vallée qui doit nous mener au refuge de l’O. Une sente dérisoire guide nos pas maladroits à travers le labyrinthe des blocs rocheux. Autour de nous, de majestueuses cascades emplissent de leur complainte mélodieuse les moindres recoins de l’espace. Au loin, mirage inaccessible, un orage dévore les plus hauts sommets.

A chaque pas que nous prenons à la montagne, le poids de nos sacs et la canicule accablante nous écrasent un peu plus. Parfois, au hasard du relief, une légère brise remonte des flots tumultueux du torrent que nous côtoyons, îlot de fraîcheur dans cette fournaise.

A l’heure qu’il est, la plupart des gens savourent les quelques instants de repos bien mérités du week-end mais nous, nous sommes là, à errer dans ce désert, au milieu du grand peuple des pierres, montant vers ce « là-haut » qui semble si loin. Et comme souvent quand la souffrance se fait pesante, des questions étranges assaillent notre volonté : que faisons-nous ici ? Que cherchons-nous sur ces montagnes ? Pourquoi revivre ces pénibles montées, pourquoi subir le froid qui nous mord et la chaleur qui nous écrase ? Quelle force nous attire ici ?

Parfois, nous croisons quelques touristes égarés, en baskets, fièrement harnachés de leurs petits sacs. Je les envie presque car leur bonheur est simple et accessible : le cri d’une marmotte qu’ils ne verront jamais, la contemplation presque religieuse d’un modeste sommet ou le panneau « Refuge 15 minutes ».

Notre objectif du week-end est l’un des plus beaux sommets de la vallée. Il s’affiche fièrement devant nous comme un matador devant le taureau. Il nous écrase, nous domine comme il le fait avec les pics alentours. Les lignes tendues et parfaites de ses arêtes se rejoignent aux portes du ciel, là-haut, 1500 mètres au-dessus de nos misérables carcasses. Mon regard qui parfois s’élève machinalement vers lui, comme pour vérifier si son imposante présence n’était pas illusion, retombe rapidement vers la vallée. Demain, il faudra hisser nos corps, nos sacs et la fatigue de la semaine jusqu’à ce sommet tant convoité. Mais déjà je sais, au plus profond de moi, que de la plus belle des cimes en apparaît toujours une plus belle et qu’il faudra redescendre dans la vallée avec un nouvel objectif. Je sais qu’il faudra se réentrainer, lire et relire les topos pour ne rien laisser au hasard et repartir vers cette autre cime idéale. Quête sans intérêt ou chapitres d’un livre exaltant ? Répétition sans fin ou élévation ? Je crains de ne pas avoir immédiatement la réponse !

Autour de nous, au fur et à mesure de notre montée, le paysage s’harmonise peu à peu. Les sommets se déploient vers le ciel, les arêtes s’aiguisent, les contrastes s’affirment jusque dans les moindres détails. L’architecte de cette vallée semble ne l’avoir conçue que pour être admirée depuis une certaine altitude. Ici, la trace de l’homme, souvent incompatible avec l’harmonie, se résume à ce mince sentier, fil d’Ariane des marcheurs bipèdes. Un décor digne de l’aube des temps où, à chaque virage, je m’attends à voir apparaître un troupeau d’animaux préhistoriques, broutant paisiblement l’herbe rase entre deux blocs de granit ! Je m’imagine premier homme d’une Terre vierge où tout resterait à découvrir, à inventer, à vivre. J’imagine cette vie de liberté, de simplicité et d’inconnu : pas de carte pour nous dire où aller, pas d’atlas pour nous dire ce que nous y trouverons, uniquement de l’inconnu et de l’imaginaire.

Peut-être est-ce cela que nous allons chercher en Patagonie : un paysage originel, des étendues vierges à perte de vue, des cartes imprécises se perdant dans la « Terra Incognita ». Là-bas, il y a 30 ans, vivaient encore des tribus dont le mode de vie n’avait pas évolué depuis 10 000 ans alors s’il reste un monstre du Loch Ness sur terre, ce ne peut-être qu’en Patagonie.

Une pierre sur laquelle je trébuche me rappelle à la réalité, la réalité des muscles endoloris par l’effort et du doute devant ce sommet trop imposant. Pourtant, il faut monter encore, se rapprocher peu à peu des étoiles car au bout du chemin, sur un sommet prestigieux ou inconnu, il y a le rêve de l’enfant que j’étais.

S’immerger dans la douce lumière de l’altitude, c’est le rêve des années de jeunesse. Des années passées à lire et relire les livres de Frison Roche, à rêver de pics inaccessibles, à envier les alpinistes qui partaient silencieusement, à l’aube, vers un destin inconnu. Ce chemin est déjà tracé : c’est celui que j’avais imaginé dans les grandes parois, un matin d’août, quand « ici » n’était pas encore « chez moi ». Il me porte vers ce théâtre sans gradin où l’homme lutte simplement contre lui-même. Car ici, il n’y a pas de spectateurs, ni d’adversaires. Les seules règles sont celles que la nature a fixée il y a des milliards d’années. Il n’y en a pas d’autres et il n’y en aura jamais d’autres. Rien n’est prévisible, car rien n’est prévu. Aucun coup de sifflet final ne retentit jamais et, si l’on est blessé, les vestiaires sont à bien plus que quelques enjambées. Tout cela peut paraître inhospitalier à certains, pourtant il n’existe pas d’autres terrains d’expression que la montagne sur lequel l’homme ne puisse autant se révéler à lui-même… si loin du monde qu’il a façonné.

Oui, bien sur, il y a ce risque : celui de perdre ce précieux cadeau qu’est la vie. Le risque de rendre inutile les souffrances d’une mère pendant 9 mois et quelques heures. Celui d’effacer tous les efforts de nos parents pour préserver cette étincelle si fragile qu’est la vie. Tous ces efforts pour la transformer, jour après jour, pendant de longues années, en une flamme puis en une torche qui brillera peut-être sur son petit monde. Il y a ce risque de voir perdu à tout jamais, au détour d’une crevasse, tous ces savoirs transmis, toutes ces valeurs et ces souvenirs acquis de hautes luttes par des générations de paysans, d’ouvriers et de mineurs. Il y a ce risque que ne comprennent pas nos proches ou ceux qui pensent que mourir en montagne est une mort vaine. Mais il n’y a pas de mort vaine, il n’y a que des vies vaines, que des vies perdues dans l’oisiveté et la monotonie à amasser des richesses inutiles. Etre riche, ce n’est pas posséder des choses, c’est savoir profiter des choses que l’on possède. Et quand on a possédé la très pure lumière de la haute altitude, quand on a vu le soleil se coucher sur des milliers d’horizons ou quand on touche enfin, du bout des doigts, son rêve d’enfant, on se dit que ce risque là valait le coup d’être pris.

Dès lors tout redevient limpide : ne pas continuer sur ce sentier, ce serait renier l’enfant que j’étais, ce serait ne plus être digne de cette grand-mère qui m’attend sous un tilleul de Sorbiers. Les muscles se délient peu à peu, le souffle redevient régulier, même la chaleur n’a plus de prise sur moi car le cerveau retrouve la source de sa passion. Quel mot étonnant « passion » : il vient du latin « patior » qui veut dire souffrir… comme s’il fallait absolument souffrir pour vivre pleinement sa passion. Comme si les sacrifices, les rendez-vous manqués avec sa famille ou ses amis étaient indispensables. Peut-être le sont-ils finalement car ils renforcent les liens les plus forts et brisent ceux qui devaient l’être ?

Même le sommet, si terrifiant tout à l’heure, devient plus familier. Est-ce moi qui me hisse à sa hauteur ou lui qui s’abaisse pour m’aider ? Souvent, l‘homme est persuadé de se hisser à l’égal de la nature… je crois intimement que c’est plutôt elle qui nous accepte, nous tolère, nous rend ce que nous lui offrons. Ainsi, le vrai alpiniste est simplement celui qui respecte la vie, la sienne d’abord, celle des autres et chaque petite étincelle de vie de ce monde minéral. Les montagnes ne sont pas là pour nous révéler aux autres mais bien pour nous révéler à nous même.

Tout est désormais limpide : aujourd’hui, je souffre un peu dans le purgatoire des cimes, cheminement besogneux parmi le peuple des pierres… comme si pour entrer dans ce paradis, il fallait se purifier des excès et des pensées de notre vie quotidienne. Demain, l’esprit enfin libéré de ma routine, accéderai-je peut-être à ce paradis convoité ?

Hasard du calendrier ou du destin, le lendemain fut largement aussi pénible et je dus attendre quelques jours pour savourer enfin ce paradis !"

Posté en tant qu’invité par yann:

Salut à tous

En ce qui me concerne je ne me considère pas vraiment comme « alpiniste », d’abord parceque je n’ai jamais fait de courses que dans les Pyrénées ( Alpinisme/Pyréneisme ce débat me fait bien sourire mais…), ensuite parceque je n’ai jamais rencontré la difficulté ni la soufrance. Les courses réalisées (5 ou 6) ont nécésitées piolet, crode et crampons ne m’ont pas procuré plus de peine que certaines randonnée. Dans ma tête de « petit con » de débutant l’Alpinisme c’est plus dur que la randonnée, comme on penserait le vélo c’est plus dur que la trotinette… Je « psychote » un peu sur cet état d’esprit car il peut révéler deux choses:

1_une grande estime de soi: vouloir se différencier de ces « vulgaires randonneurs », nous on souffre, on prend des risques

2_une grande humilité: je ne mérite pas encore d’etre qualifié d’Alpinisme, ce serait trop prétentieux…car je n’ai jamais encore souffert en montagne (je le dit sans aucune prétention).

Ceci était un petit préambule. Pourquoi grimper là haut??? pourquoi passer 15 jours en montagne, sous le cagnard, en mangeant plutot mal, en dormant plutot mal aussi, en puant… C’est bizare ce plaisir masochiste. Alors pourquoi? POUR Y ETRE, je dis bien pour y etre et non pour y avoir été, c’est l’instant présent qui me préoccupe en montagne (un peu le futur quand je prépare mes courses), le plaisir de collaborer avec cet environnement unique et intimidant où à chaque instant je me dis " Putain que c’est beau, putain que je suis petit".

Cette passion m’habite tellement que quand je regarde les photos de mes « courses » ou randos je me sens comme loin de quelqu’un de très cher… MONtagne à bientot.

Yann
PS: j’espère avoir été clair, pas facile d’exprimer son ressenti.

Posté en tant qu’invité par claudio:

Parfaitement clair.

Et pour apporter un peu d’eau au moulin, je proposerais volontiers de se séparer définitivement des hiérarchies implicitiment contenues dans les distinctions du type rando/alpinisme. Une amie qui mettait la semaine dernière la première fois les pieds en haute-montagne voulait me faire dire que ce qu’on avait fait (le Goléon), c’est de l’alpinisme. Je lui ai demandé si elle s’était fait plaisir, d’abord, et qu’ensuite elle pouvait appeller cela comme elle voulait, ajoutant que ceux qui se réclament de la souffrance éprouvée pour justifier leur appartenance à une élite (« les alpinistes ») sont des imposteurs masochistes.

Mais force est de constater que dès qu’on a l’impression d’en faire plus que le commun des mortels, le caractère « alpin » d’une ascension s’impose assez naturellement. Pour un promeneur qui se rend au premier lac ou refuge venu, avec tes crampons ton piolet et ta corde, tu es un « alpiniste » ; pour les arpenteurs de goulottes, lorsqu’ils redescendent et te croisent sur la voie normale du MtBlanc du Tacul, c’est toi le promeneur. A mon avis, le mieux est de renoncer à savoir exactement ce qu’on est (« être ou ne pas être alpiniste » est vraiment une question sans intérêt), et se pencher plutôt sur ce qu’on fait. La majeure partie des gens qui discutent sur ce forum aiment la montagne, et plus encore la haute-montagne, et recourent donc aux techniques de « l’alpinisme » pour la parcourir. Mais ce n’est pas une fin en soi, juste un moyen de se hisser parfois plus haut. La fin, c’est exactement ce que tu dis sur le rapport à l’environnement, au milieu, à l’enchantement qu’il procure parce que nous l’habitons un instant.

Sur le fond de la question (« le sens de la démarche… »), la figure du retour à soi en passant par l’autre (le milieu montagnard), certes, est riche de perspectives. C’est la figure « odysséenne » de la quête, qui suppose toujours un retour, et une augmentation, un enrichissement de l’expérience, de l’être qui s’y engage. Mais il existe une autre figure de l’expérience, peut-être plus profonde, qui compromet cette belle circularité : c’est la figure de l’arrachement à soi (à sa maison), de l’errance, de la dérive. C’est la figure d’Abraham, qui accepte de quitter pour toujours son pays, sans autre but que d’obéir à une volonté supérieure. Chez les alpinistes (oups… allez, disons les « montagnards » en tous genres) aussi, il y a cette figure, qui ne se satisfait pas du retour à soi, à la maison, même augmenté des riches heures passées à gravir un sommet ; quelques heures s’écoulent, et cette heureuse plénitude se fissure, est traversée par un désir, celui de repartir, ailleurs, un autre jour, différemment. C’est tout simplement le temps qui passe, et vient altérer l’être, aussi sûrement que cet être était sûr d’avoir conquis son identité. En chaque alpiniste (randonneur, grimpeur, etc…), il y a donc un Ulysse, mais aussi un Abraham.

claudio

Posté en tant qu’invité par Raphael:

Moi je pense que tous cela ,l’alpinisme et la grimpe sont une philosophie , la philosophie de la vie voila mon avis
Raphael

Posté en tant qu’invité par yann:

Claudio, loin de moi l’idée de me la raconter, c’est vraiment en toute humilité que j’ai présenté ma façon de vivre cette montagne. Le débat rando/ alpinisme trouve une excellente analyse dans ta prose, en effet on est toujours le randonneur de quelqu’un et l’alpinisme d’un autre… Quand l’acte sado masochiste qui définirait l’activité je te rejoint, pourquoi souffrir à tout prix? Peut etre que mon inconscient, et surement celui d’autres, est habité par une image d’Epinal de l’alpinisme du type « Herzog et l’Annapurna »,la faim, le froid, le danger…mais qu’importe… Je sais personnellement que je suis assez sportif et que j’aime bien me faire mal, cette dimension doit caractériser l’individu et non l’activité: un alpiniste ou un randonneur paisible,un alpiniste ou un randonneur maso… à chacun son mode de pratique. En tout cas le plus beau compliment que l’on pourrait me faire ce n’est pas « Alpiniste », ni « Randonneur » mais bien « Montagnard » que je traduirais par « celui qui se sent concerné par milieu de la montagne et qui souhaite en préserver les multiples facettes (positives et négativs) ». Parlons en encore…

Yann

Posté en tant qu’invité par albert:

pour faire court, tout jeune quand j’ai commençé à fuir (lire « l’éloge de la fuite » d’Henry LABORIT) dans les montagnes, c’était pour devenir moi même (moi m’aime) , pendant longtemps, c’était pour être moi même et mainenant que je vieillis c’est pour rester encore un peu « moi-même »…

Posté en tant qu’invité par Benj:

Pour prolonger un chouilla cette fort intéressante question, il y a une question à laquelle j’ai du mal à trouver une réponse dans vos impressionnants discours (peut-être que cette question ne se pose pas à vous…). Elle est la suivante:
Pourquoi cherche-t-on toujours à faire des trucs de plus en plus durs? (et par là plus dangereux car à niveau égal, il est toujours plus dangereux de faire un truc dur qu’un truc facile)

La question s’est brutalement imposée à moi le jours où je suis tombé sur un type mort à l’arête des papillons.Pendant les 2H où j’ai attendu l’hélico avec 100m sous moi la fille du défunt, j’ai bien eu le temps de me damander ce que je foutais là alors qu’il y a partout de belles voies spitées beaucoup moins expo, à l’escalade plus intéressante, et tout aussi belles et sauvages…

Randonneur, j’admirais et enviais les alpinistes avec tout leur bruyant barda et leur regard plein de la beauté des paysages traversés. Apprenti, je revais de partir en autonomie. Aujourd’hui, je ne puis m’empécher de programmer des trucs toujours plus difficiles ou « aventure ». Si la beauté des paysages était ma motivation première à mes débuts, franchement, la vue est aussi belle des dômes de miage que de la Lée Blanche et la vue du sommet de cette même lée blanche est aussi belle qu’on l’atteigne par la face nord ou par la voie normale!

Alors pourquoi?
La performance sportive?
Peut-être un peu mais certainement pas suffisant car le jeu est tout de même dangeureux et tant qu’à faire, si c’est la performance que l’on cherche, il est plus prudent de viser les 1H20 au semi marathon…
Le goût du risque?
Très peu pour moi. Je suis plutot du genre à renoncer facilement dès que ça ne me plait pas niveau sécurité.
L’épat’?
Sans doute un peu aussi, il suffit de voir le nombre de personnes qui entrent des courses sur ce site genre une sortie de 1995 dont la course est déjà présente dans la base, ou deux personnes qui entrent la même course effetuée le même jour…

Rien de tout cela ne parait safisfaisant, c’est sans doute cela que l’on appelle « passion », à partir du moment où ne sait plus expliquer pourquoi…
Mais si vous aviez d’autres explications, je suis preneur!

Posté en tant qu’invité par claudio:

Ouais, c’est bien ça. ETRE (ou se définir comme) « alpiniste » ou « randonneur », ça n’a pas grand sens ; DEVENIR « montagnard », ça oui, c’est quelque chose.

D’ailleurs, j’oubliais de préciser dans mon anecdote que le Goléon (3500m environ) est un sommet « pyrénéen » de l’Oisans, mais dont l’ascension (6h de montée, dont 500m de pierrier et une arête en schiste pas stable à peine entrecoupés d’un glacier en sursis) ferait fuir plus d’un alpiniste de Cham’… (mais pas tous)

Bref, un sommet fait pour toi :slight_smile:

claudio

Posté en tant qu’invité par albert:

Benj …a le profil type du toxico qui sait au fond de lui même ce qu’il cherche mais ne se l’avoue pas(encore) (comme moi d’ailleurs).Il ne cherche que l’augmentation de sa dose. toujours plus d’émotions …Allons… quand tu redescends d’une course vraiment copieuse, ne baignes tu pas dans la béatitude deux jours complètement défonçé aux endomorphines ?
Nous sommes des toxico de l’action motrice comme malheureusement d’autre le sont aux paradis artificiels au travail… au pouvoir…à la bouffe …l’alpiniste c’est celui qui parcourt la montagne pour son plaisir (définition du petit Larousse). la recherche du plaisir …elle part de la première clop à deux paquets par jours ou si tu préfères du trois au huit …