Posté en tant qu’invité par Francois:
Pour toi, jeune écervelé qui commence la montagne, ces quelques règles issues de mon expérience personnelle et de quelques quarante années de pratique assidue (ah! si dûre…).
En parcourant la prairie, je veux dire la montagne, j’ai appris deux-trois choses. Ouaip! Il m’apparaît donc éminemment pédagogique de te faire part de cette vaste expérience, tissant ainsi un lien ténu, mais essentiel, entre vieux cons et jeunes inconscients, afin de perpétuer la continuité de l’espèce.
Voici donc la Parole:
Les cordes, c’est comme les femmes. Chaque fois qu’on y touche, ça fait des nœuds.
Les cordes, c’est comme les femmes. On ne sait pas par où les prendre.
Les cordes, c’est comme les femmes. Il faut les manipuler avec douceur et précaution.
Les cordes, c’est comme les femmes. Quand on les touchent, on ne sait pas trop ce qui va se
bien le contraire, plus ou moins.
Les cordes, c’est comme les femmes. Un peu raides au début, mais ça s’assouplit à l’usage. Ou le contraire.
C’est en buvant qu’on devient biberon, c’est en perchant qu’on devient percheron et c’est en grimpant qu’on devient grimperon (et ron et ron petit patapon).
Les cordes, c’est comme les hommes: peu importe qu’elle soit longue ou courte, l’essentiel est de savoir s’en servir.
Dans les passages douteux, fait passer ton copain devant.
La solidarité et la fraternité alpine s’arrêtent au bord de la couchette (ou de la crevasse ou de l’assiette ou du porte-monnaie …)
En montagne, c’est comme ailleurs. Arrange-toi pour arriver le premier. C’est toujours le premier arrivé qui prend les meilleures places.
Pour conserver ton prestige, grimpe toujours avec plus mauvais que toi.
La pratique de la compétition apporte tout de même deux ou trois choses, et notamment ceci que, aussi mauvais soit-on, on trouve toujours plus mauvais que soi. C’est encourageant.
Quand tu fais ton sac, essaie de refiler tous les trucs lourds à ton copain (surtout si c’est un débutant: il n’osera pas protester).
En montagne (et ailleurs), essaie de refiler les corvées à ton copain (surtout si c’est un débutant: il n’osera pas protester).
Si tu pars avec des débutants, exploite les au maximum (ils n’oseront pas protester).
Quand on est bien en forme, c’est toujours réconfortant de savoir que les autres en bavent derrière.
Garde le matériel neuf pour toi et refile le vieux matos à tes copains (surtout si c’est des débutants. Profites-en, ils n’oseront pas protester).
En montagne, la règle numéro un, c’est de ne pas se casser la gueule et pour ça, tous les moyens sont bons.
(A inscrire en lettres de feu au-dessus de ton lit)
Quand l’instinct de conservation reprend ses droits, les considérations éthiques et morales, on s’assoit dessus.
Pour être heureux, il ne suffit pas de réussir sa course. Encore faut-il que le copain rate la sienne.
La corde, ça fait vingt ans ou plus qu’on la pratique, on croit la connaître et finalement on s’aperçoit qu’on y a rien compris. La corde, c’est comme … je ne sais pas, moi …
Aller en montagne, c’est bien. En revenir, c’est mieux.
Quand on voit que les problèmes s’accumulent, il ne faut pas insister, il faut faire demi-tour.
Ce qui est tuant, c’est que tu as toujours l’impression que les autres en bavent moins que toi.
Ce qui est tuant, c’est que tu as toujours l’impression que tu en baves plus que les autres.
Ce qui est tuant, c’est que tu n’as jamais l’impression que les autres en bavent autant que toi.
Avant la course, lis ton topo (car c’est en lisant qu’on devient liseron).
Si on te traite de trouillard ou de dégonflé, laisse ricaner les ricaneurs et ricane en dedans. Car toi, qui es un vieux renard, tu sais qu’il est préférable d’avoir l’air trouillard ou dégonflé que d’avoir l’air mort.
Si c’est en ricanant qu’on devient ricaneron, c’est en trouillant qu’on devient trouilleron (héron, héron, petit, pas tapon).
Je préfère les cons aux intelligents. Les intelligents sont chiants, les cons sont toujours distrayants, voire même amusants.
