Posté en tant qu’invité par steph:
Ca c’est un sujet.
Tu n’es pas le premier à avoir ce genre de réflexion et les réponses qui te son apportées sont là pour le prouver.
Ca me rappelle une reflexion de Pierre Mazaud dans son bouquin ‹ La Montagne pour un homme nu › (ou qqch comme ça). Il en vient à expliquer que la pratique de la montagne est un exutoire pour personne ayant un pb avec la société. D’ailleurs, dit-il, rares sont ceux qui continuent à vivre leur passion une fois mariés. A travers le mariage, ils « rejoignent » la société et ses codes, le bridge, la chasse, etc… (ces exemples sont tirés du bouquin).
Tous les historiens te diront que les pionniers des années 60-70 étaient plutôt dans la mouvance baba-cool, ce qui confirme un peu la vision ci-dessus.
Tu vois, j’ai lu ce bouquin vers 17 ans, j’en ai 30, et je m’en souviens encore. Je pense effectivement qu’il y a beaucoup de vrai là-dedans. Mais cela ne doit pas nous écarter pour autant de la montagne car celle-ci est fidèle au moins et, comme une mère, sera toujours là pour toi. Quelques exemples :
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vers 16 ans, l’âge difficile, je n’avais pas trop le moral ; des copains m’ont déçu par leur lâcheté et leur comportement ; c’est l’âge où la cruauté est réelle mais pas forcément intentionnée. On la vit comme tel en tout cas. C’est à cette époque que j’ai repris de façon plus intense mes activités montagne (que je pratiquais l’été depuis l’âge de 11 ans) : stages d’alpinisme, apprentissage de l’escalade… Et ces activités m’ont aidé à être bien dans ma peau ce qui m’a aidé à retrouver goût à la vie de tous les jours.
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vers 22 ans, je me fais plaquer brutalement par une nana avec qui j’étais depuis 4 ans. Conformément à la vision de Pierre Mazaud, nos relations m’avaient éloigné de la montagne petit à petit. A partir de ce moment-là, j’ai eu une passe difficile comme tu peux l’imaginer. Pourtant c’est également le moment que j’ai choisi pour me retourner vers ma passion de toujours. Grâce à de nouveaux potes, j’ai découvert à cette occasion le ski de rando qui a supplanté depuis l’alpinisme au rang de mes activités favorites.
Là encore, non seulement je me suis découvert une activité pleine de satisfaction mais la montagne m’a aidé à retrouver un équilibre qui m’a permis de reprendre goût à la vie en général.
Alors, la montagne, une drogue ? oui en quelque sorte. Le tout c’est de ne pas en abuser. Mais heureusement, elle ne met pas forcément en état de dépendance.
Enfin pour la petite histoire, Pierre Mazaud a écrit son bouquin à la fin des années 60 alors qu’il était un encore peu connu du grand public sauf du millieu de la montagne grâce à quelques exploits (Dolomites, pillier du Freynet) en compagnie de véritables pros (W. Bonatti…). Mais lui est toujours resté amateur même en 78 lorsqu’il est le premier Français à atteindre le sommet de l’Everest (avec Afanassief). Amateur au sens courant du terme puisqu’il a consacré sa vie professionnelle à la politique (député et même président de la commission des lois il y a peu) dont on sait la disponibilité qu’elle suppose.
Tu vois, tout est question d’équilibre. Mais je suis certain que ta remise en question est juste un retour de balancier sain et nécessaire qui ne t’éloignera jamais complètement de la montagne. Comme disais quelqu’un, la montagne, ce n’est pas comme le tabac. Tu peux découvrir que tu en abuses. Mais le remède n’est pas obligatoirement l’arrêt définitif.
Bon courage.