Chroniques Matheysines : Le mort kilométrique

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

[center]Le mort kilométrique.[/center]

[i]Pièce en un acte, scène unique.

Personnages :
-L’un
-L’autre

Décor :
-Un réfectoire minable, au plafond, le nom de l’établissement est écrit en lettres néon : « A la mort fine », les néons grésillent, bruits de fond confus.
Un homme, costume minable de vrp, sacoche en cuir à la main, regarde avec attention un prompteur sur lequel défilent des dépêches, on peut y lire : «attentat à la voiture piégée au sud de Bagdad, 13 morts, nombreux blessés ».
Entre un autre homme, même costume, même jeu.
De part et d’autre de la scène sont disposées des tables et des chaises, mobilier bas de gamme.
Au fond de la scène, un zinc de bistrot, bouteilles d’alcool, cendriers.[/i]

[center]Acte I, scène I[/center]

L’autre : Oh ! (tapant sur l’épaule de son voisin)

L’un : Tiens, toi ici ?
(Ils se serrent vigoureusement la main, visiblement heureux de se rencontrer)

L’autre : Alors, quoi de neuf ?

L’un : Ben rien, toujours pareil…

L’autre : Dur ?

L’un : Ah oui, même de plus en plus dur.

L’autre : Toujours au National ?

L’un : Ben oui, et toi, toujours l’Inter ?

L’autre : Pareil toujours à l’Inter, mais bon, quelle merde et ça devient vraiment dur, et c’est pas fini, même si on a du potentiel, on nous impose toujours de nouvelles contraintes.

L’un : Du style ?

L’autre : Ben, du style qu’il faut surtout se creuser le ciboulot pour s’en sortir tiens !
Et toi, ça marche au National ?

L’un : Houlà, vite dit ça marche. Nous aussi, en termes de contraintes, on est servi. Dans le temps, y a pas à dire, c’était nettement plus simple, une bonne guerre là-dessus, et on pouvait envoyer autant qu’on voulait, maintenant, ils sont tellement informés et tellement avides, et puis, je te dis, les contraintes, les impératifs ! Le National, c’est plus ce que c’était.

L’autre : Mais ça marche quand même ?

L’un : Oui, bien obligé, mais pas comme on voudrait, au National, faut toujours faire dans le soft et même souvent dans le sensible ! C’est pas trop ton problème à L’Inter, non ?

L’autre : Pas trop mon problème, pas trop mon problème, vite dit ! Non, je te dis pas le bazar que c’est, les chefs qui gueulent tout le temps, et le temps, le temps qui court ! On se voit plus vieillir !

L’un : Vieillir ?

L’autre : Oui, manière de dire, enfin, c’est pas la joie.

L’un : Pourtant, vous avez eu de belles réussites, non ?

L’autre : Oui oui, on peut pas les ignorer, mais faut voir comment on louvoie avec l’administration, la morale, et puis, surtout, les quotas !

L’un : Les quotas ? Je croyais que c’était réservé au National ?

L’autre : Tu parles Charles ! Rien du tout ! Et ça fait un moment qu’on en a de cette saloperie, je te dis pas comme ça nous emmerde !
Et depuis que le Grand Patron a purement interdit les conflits mondiaux, faut toujours imaginer de nouveaux trucs, de nouvelles magouilles pour éviter que les Admis te tombent dessus ! Un enfer que je te dis !

L’un : Ben oui, un enfer, mais ça, on le savait (goguenard). Mais bon, tu nous as sorti des trucs incroyables quand même, souviens-toi des Tours Jumelles !

L’autre : Ah… (Rêveur), Le World Trade, ça c’était du beau boulot, une sacrée réussite tiens, tu l’as dit Bouffi ! T’avais pas essayé de m’imiter sur le coup ?

L’un : (gêné) Bof, à peine, mais au National, tu sais, franchement, ils aiment pas trop. Faut rester dans les cordes, faire couleurs locales, et puis surtout, tous ces morts d’un seul coup, j’ai pas osé.

L’autre : T’as pas osé ?

L’un : Non j’ai pas osé, j’avais la frousse qu’on me vire, faut pas trop rigoler avec ça, au National.

L’autre : Merde alors, dur ?

L’un : Ouais, dur… (Pensif)

L’autre : Mais quand même, le Tunnel… (Rêveur et souriant d’aise)

L’un : Le Tunnel, ben oui, un beau drame, comme on en fait plus de nos jours, tous ces beaux morts, le scénario, le cadre, ah, superbe, la vallée du Mont Blanc, personne n’y avait pensé !

L’autre : (excité) Et le car polonais, dans la descente de Laffrey ? Un coup de maître !

L’un : Ah oui, j’ai adoré ! Mais, tu sais, Les Alpes, ça se prête bien au massacre de masse, tu vois, chaque été j’ai mes chutes de séracs, mes cordées qui dévissent, et tout les hivers, mes avalanches, mes ruptures de plaques, bon, ça fait pas beaucoup de morts au compteur, mais ça se vend tellement bien…

L’autre :(triste) Ben, t’as du bol quand même de bosser comme ça, c’est du velours pour toi.
Moi, pour que ça marche, il me faut au moins mille macchabées pour un seul chez toi. Juste un tas d’intello, des gauchos surtout, que ça intéresse, avec toi à côté, tu fais un peu concurrence déloyale.

L’un : Ben ouais, c’est ça le mort kilométrique…

L’autre : C’est ça et c’est chiant. Ils sont pas des tas à s’émouvoir pour un barrage qui cède en Chine, une répression en Birmanie, un, une, heu…

L’un : Mais, t’as le Proche Orient pour l’horreur, et puis l’Afrique pour les génocides !

L’autre : Encore heureux mon neveu, c’est mon fond de commerce ! Faut pas y toucher, ah ça non, mon bon ! Quand le grand patron a interdit les guerres mondiales, ça a gueulé, mais quand il a voulu supprimer les génocides, ben là, on s’est rudement mis en colère, on a menacé de faire la grève ! T’imagine, plus de morts ! (hilares), en Afrique !

L’un : (hilare aussi), En Chine !

L’autre (il se tape sur les cuisses) En Inde !

L’un : (même jeu) Aux Philippines ! Quel bordel ça aurait été !

(Tout deux se tapent mutuellement dans le dos et rient de concert)

L’autre : Ah, quelle rigolade !

L’un : Et quel plaisir de se retrouver, ça fait pas de mal avant de retourner bosser.

L’autre : Ah oui, parce que, l’éternité, on a beau dire, (pouffant) c’est long !

(Éclat de rire général)

L’un : Bon, et qu’est-ce que tu nous prépares en douce cette fois-ci ? Parce que c’est bientôt Noël, tu vas pas tout de même nous refiler un nouveau tsunami, t’oserais pas ? Hein ? Parce que c’était bigrement bien foutu ton truc, mais ici, au National, ça a gueulé un peu quand même.

L’autre : Ben, pourquoi ?

L’un : Pourquoi ? Simplement parce que les accidents de la route, les familles décimées dans les carambolages, les suicides de Noël, tout le décorum, par terre, foutu, fini ! Y en avait que pour toi ! Tous les charognards regardaient vers l’Est ! Nous, on a bien cru que les chefs allaient nous tuer, enfin, façon de parler !

L’autre : (ému) Je sais bien, tu m’en veux pas au moins ?

L’un : Non, t’inquiète pas, j’ai appris que tu avais même eu de l’avancement ?

L’autre : Oui, après, je suis passé sous-chef à la coordination « attentats à la bombe/calendriers religieux Islamiques et Hébraïques »

L’un : Mazette, bravo !

L’autre : (malicieux) Tu peux même dire Mazeltov, Totov !

(Éclat de rire des deux)

L’un : Bon, faut que j’y retourne, on a un jeune chef, un vrai emmerdeur, qui nous impose des prévisionnels sur historiques ! Tu te rends compte, qu’est-ce que tu veux qu’on s’aligne sur le vingtième siècle, on a plus de guerre en France ! Tu sais ce qu’il a osé me dire après le massacre de la famille Flactif au Grand-Bo ?

L’autre : Ben non ?

L’un : Il a osé prétendre ce salaud, texto, qu’il n’y a jamais de bons résultats, mais toujours de mauvais prévisionnels !

L’autre : Quel con !

L’un : Tu l’as dit !

L’autre : Bouffi !

(Éclat de rire)

L’un : Bon, faut que j’y aille, ça m’a fait plaisir de te revoir.

L’autre : Ben moi aussi, tiens.

L’un : Je te fais pas la bise, mais le cœur y est !

L’autre : La bise ? Surtout pas, la bise de la part d’un pourvoyeur de mort, d’un fabriquant de cadavres, ça porterait malheur, pitié, j’ai déjà donné !

(Éclat de rire, assez long, puis, reprenant leur souffle)

L’un : Au fait, je t’ai jamais demandé comment ça se fait que tu te sois retrouvé là ?

L’autre : Ben, faut vraiment le dire ?

L’un : Allez, dis-y, dis-y, qu’on se marre !

L’autre (hésitant) : C’est-à-dire, du temps où j’étais en vie, j’étais modérateur, sur Camp2camp

(Éclat de rire de l’autre personnage)

L’autre : Ben pourquoi tu te marres comme ça ?

L’un : C’est pas ça, c’est que moi, c’était bien pire !

L’autre : Ben pourquoi ?

L’un : Moi ? J’étais boulanger à Chambéry !!!

(Grand éclat de rire)

Rideau.

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par Flo73:

:-))) humour noir, mais bien vu les journaleux!!
C’est quand que tu nous la joues la pièce?

Posté en tant qu’invité par visse:

Flo73 a écrit:

:-))) humour noir, mais bien vu les journaleux!!
C’est quand que tu nous la joues la pièce?

Hou v’là l’idée lancée…faudra que ça se passe un jour !!

Posté en tant qu’invité par niafoungo:

exellant, bravo

Posté en tant qu’invité par dalle en pente:

Ouais, alors bon, maintenant, je relis…

Deuzième lecture !

… c’est parti.

Posté en tant qu’invité par dalle en pente:

Héhé pas maaaaaallll !!!

Grosse production ces temps ci sur C2C!

Posté en tant qu’invité par visse:

Ha oui, j’ai relu également : je comprends mieux, parce qu’au début je croyais qu’on parlait de l’Inter Milan.

6inik !!

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Alors, journalistes minables ou Anges de La Mort ??? …

Posté en tant qu’invité par visse:

J’avoue ne pas bien comprendre le final.

Posté en tant qu’invité par AlbanK:

Bheuu, c’est une vision de l’ Enfer.

Ce sont des Anges de La Mort, ils purgent leur peine pour l’éternité, pour les fautes ( gravissimes ) qu’ils ont commis durant leur vie…

C’est pourquoi il y a un modo et …

… Moi !!!

[%sig%]

Posté en tant qu’invité par visse:

Ahh, quelles genres de fautes gravissimes ?? Car j’ai l’impression que tout un chacun peut alors s’identifier à l’un ou l’autre !!

Posté en tant qu’invité par pierre:

visse a écrit:

Ahh, quelles genres de fautes gravissimes ?? Car j’ai
l’impression que tout un chacun peut alors s’identifier à l’un
ou l’autre !!

C’est bien,visse : tu progresses !

P’tain, comment voulez-vous qu’on bosse aujourd’hui ?

Alban, et Antoine (et réciproquement).
Qui c’est qu’à dit que le forum était mort, hein ?

Et d’ailleurs, pourquoi qu’il ne s’y mettrait pas, lui aussi, tant qu’on y est ?

Bravo, et merci.
Y’a pluq qu’a mettre en scène.
Dans le casting, pour le rôle du boulanger, j’ai une idée.

Posté en tant qu’invité par Marie:

:slight_smile:

Merci :wink:

Posté en tant qu’invité par raoul loubar:

Ca fait du bien. Ian.

Posté en tant qu’invité par shewit:

Méchant ! Sans jeux de mot®ts ! J’ai mis un petit moment à piger mais ça rend le truc encore plus appreciable !

Posté en tant qu’invité par Gique®:

Rien de tel que de lire un petit texte rigolo avant d’allé se coucher !

Excellent, je retrouve vraiment mon boulanger préféré dans les textes ! :wink: A demain ! Et merci de nous faire sourire comme ça ! Heureusement qu’il y a des gens comme toi sur terre…

Ca envoi à mort !

Posté en tant qu’invité par sylvain:

Ah ouiiiii!!!

en voilà un truc sympa et je crois que j’en ai râté d’autres…
Ben je vais moi aussi me coucher après cette drôle de lecture, cynique mais drôle…
Merci à toi!