Bel hommage, de son plus fidèle compagnon de cordée.
« Tous ses stagiaires en gardent des souvenirs impérissables et une admiration inconditionnelle. » C’est exactement ça. En cascade dans l’Oisans, en faces Nord à Chamonix, les souvenirs de ma dizaine de stages resteront pour toujours. Avant l’immense glaciériste, je garde le souvenir d’un homme exceptionnel, tout en humour fin, à la fois silence et bagou, une générosité sans limite, une modestie délicate, et toujours, toujours, l’envie de partager le plaisir.
Et pas que les plaisirs de la montagne. Comme le dit l’article : « au Ben Nevis … il est adopté par les grimpeurs locaux qui se souviennent, entre autre, des odeurs alléchantes de cuisine française qui se répandaient dans le refuge pendant d’interminables soirées culinaires. » Pour la montée au refuge, il était noté 2h30. J’avais mis 5h15. J’avais un sac à dos rempli de matos et de fringues pour 6 jours, + un énorme ventral et une valise (!!!) remplis de bouffe (et de bières) : poulet basquaise, canard à l’orange, boeuf bourguignon, dans des bocaux en verre (!!!) cuisinés par sa mère ; et… langoustes fraiches. Je poste la photo, sinon personne ne le croira. Pareil, quand on passait 5 jours d’affilée au l’abri-bivouac sous les Cosmiques, on faisait pas les malins en descendant l’arête de l’Aiguille du Midi, avec un ventral plein de delicatessen qui vous empêchait de voir vos pieds…
Autre souvenir : lorsque j’ai chuté en tête, 4 mètres au-dessus d’une broche, sans aucune conséquence physique ou matériel, il a été tout content, ça l’a fait marrer : « Ah, ben là, j’ai la preuve, ça résiste bien une broche ! » (Soi-disant qu’il n’avait jamais vu de chute auparavant, sur broche… J’en doute.)
Les seules fois où je l’ai vu râler, c’est contre les gars qui prenaient des libertés avec la sécurité (gros coup de gueule aussi contre Alpi-Rando qui avait publié des photos glauques après l’accident dans Symphonie). Alors la nouvelle, le 23 janvier 2002, ça a été un énorme coup de massue. Pas lui ! Se dire que plus jamais on ne pourrait partir avec lui en montagne, l’entendre rire et plaisanter autour d’une table, ou au relais après une difficulté. Dur dur !
Mais oui, je me réjouirai jusqu’au bout de l’avoir rencontré ! J’ai tout appris, tant de la technique que du mental en paroi de glace. Il y a encore aujourd’hui des voies que je refais, simplement pour me rappeler les moments où nous y étions ensemble, moi le client et lui, LE guide…
Tu nous manques…


. En 1983 nous avions essuyé une grosse tempête dans ce refuge, et il n’avait rien trouvé de mieux que de lire « The Thing » de Carpenter, dans cette ambiance il se faisait peur tout seul.

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