Devenir guide ou changer de projet ?

Bonjour tout le monde, beaucoup de questions en ce moment et j’en appelle à votre expérience, vos avis sur ma situation et vos conseils :slightly_smiling_face:.

J’ai commencé l’alpinisme en 2017, à 19 ans (aujourd’hui 27), Mont-Blanc seul, sans guide, sans expérience, avec juste de la fougue et de l’inconscience, quelques tutos sur youtube, un peu de caisse grâce à une grosse pratique de la course pied et une volonté sans faille.
Ça s’est passé (plus dur qu’anticipé… étonnant…) mais ce fut une révélation : vivre à la montagne et pratiquer l’alpinisme était une évidence.

Je viens du Pas-de-Calais, j’ai arrêté mes études après le BAC pour découvrir la vie, vécu de boulots alimentaires ne me plaisant pas et ne rapportant pas.

Bref, j’ai continué ma pratique de l’alpinisme en lisant tous les bouquins possible, en apprenant la théorie et sur le tas, j’ai trouvé des supers compagnons de cordée, vécu de superbes aventures, de superbes galères et des moins supers accidents.

Au fur et à mesure des années, le projet de guide a forcément germé dans mon esprit, j’ai commencé il y a 5-6 ans à faire la liste, une maladie au genou m’a fait stopper un an mais aujourd’hui tout va très bien physiquement et c’est plutôt mentalement que je doute.

Pendant toutes ces années j’ai emmené des amis, des connaissances, découvrir l’alpinisme, l’escalade, le ski de rando.
Toujours avec une prudence que je n’ai pas forcément appliqué à moi-même.
C’est pas deux/trois sorties sur 8 ans, c’est une dizaine de Mont Blanc avec des débutants, des arêtes des cosmiques, des grandes voies faciles, du ski de rando accessible etc… Au moins une bonne centaine de sorties où j’ai leadé de A à Z avec des vrais débutants.
J’adore ça, c’est ma passion et je pourrai le faire 30 ans.
Être pédagogue, patient, sécu, empathique est un plaisir.

Je n’ai jamais pris le temps d’avoir un bon niveau en escalade (6b/+ à vue) ce n’est pas ce que je préfère, ça m’a apporté de bonnes terreurs dans les V en trad mais c’est quelque chose qui serait facile à travailler en m’y mettant vraiment.
Ce que j’aime ce sont les longues bambées, le voyage, pas le « difficile ».

Apprendre l’alpinisme en « auto-didacte » a amené son lot d’expérience, d’accident.
J’ai vécu beaucoup de péripéties en montagne et je suis chanceux d’être en vie aujourd’hui.
J’ai vu beaucoup de blessés, des chutes de pierres, de séracs, corde coupée, dévissage, hélitreuillage etc…

Seulement depuis un ou deux ans tout ça commence à me travailler sérieusement et je n’ai plus envie de m’exposer en montagne, ça ne m’intéresse plus de faire des « grandes courses », de grimper dans du rocher pourri, de faire de la pente raide, de remonter des couloirs de neige très raides en free solo, de marcher sur des arêtes de neige effilées et improtégeables, skier des pentes à risque quand c’est risqué…
Je ne veux plus mourir en montagne, pour ma copine, ma famille et pour moi.

Il y a plein d’autres activités que j’apprécie hors alpinisme.

Ma liste (les 55…) est quasiment prête, toutes mes cascades, neige et glace, ski de rando sont finies.
Il me manque 3 sommets de 4000 et 8-9 rochers.
Ce n’est pas une liste exceptionnelle mais les critères sont respectés.
J’ai le temps de finir cet été, je ne travaille pas, ma copine m’aide financièrement, j’habite près de Chamonix, tout est en place pour finir ce « rêve » mais je doute très sérieusement sur mon envie de continuer le projet, je connais pas mal de gens qui ont échoués d’autres qui ont réussi (beaucoup de préparation, un peu de chance).

Je sais exactement ce que je veux faire et ne pas faire comme sorties une fois guide encore faut-il y arriver.
Je passe la formation AMM en parallèle parce que j’aime la montagne en globalité et c’est un parachute si je ne réussis pas le guide.

Tout ça pour quelques questions :

  • Est-ce que ça vaut le coup de m’entraîner encore un peu, d’engager encore un peu pour passer ce concours et faire ce que j’aime réellement : emmener des gens en montagne dans des courses faciles et peu exposées.

  • Est-ce que cette mentalité est compatible avec l’ENSA ?

-Est-ce que ça va poser des problèmes dans la formation même ? (Je ne souhaite pas skier le couturier, Monter le couloir Cordier, skier dans des pentes à 35° en risque 4, grimper dans du calcaire pourri).

  • Avez vous connu des gens dans la même situation qui ont arrêtés ou continués ?

  • Peut-on pratiquer l’alpinisme de « moyen » niveau et vivre en Haute-Montagne ?

-Est-ce que progresser en escalade réduit considérablement les risques ? (J’ai conscience que passer le guide c’est être grimpeur, je peux m’investir dedans à 100% et viser le 7a/7b à vue).

-Peut-on vivre de l’AMM ? (Guide je n’en doute pas mais AMM un peu plus)

Merci à ceux qui liront tout ça, pour l’instant ma décision est plus orientée vers le renoncement mais peut-être que des retours d’expériences orienteront mieux ma décision.

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Vu l’évolution de la montagne (réchauffement, fonte des glaciers etc.) pose-toi aussi la question de l’avenir de la profession.

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Hello,

J’ai un parcours qui ressemble au tien, hormis que j’ai commencé montagne, ski, grimpe dès le début pour « devenir guide », et assouvir ce « rêve » qu’on est beaucoup à faire en fréquentant certains professionnels, en lisant des récits. En travaillant à côté pour vivre, j’ai mis 13 ans à avoir le niveau et à réaliser la liste de courses.
Ces 13 années sont les plus belles de ma vie, même avec disons deux passages difficiles, un incident perso et un accident d’un compagnon de cordée.
Comme toi j’ai un peu « ramé » à finir ma liste (sorte d’essoufflement, baisse de capacité à s’engager…), mais j’y tenais pour aller au bout, aller jusqu’à ce qu’un élément extérieur (et non subjectif, personnel), me dise stop.
J’ai râté le probatoire la première fois et cela s’est arrêté là. Je n’ai pas eu envie de tenter une seconde fois, car essoufflé moralement. Le probatoire n’est qu’une étape et les stages, la liste complémentaire de guide, demandent d’être prêt à s’engager encore : si moralement tu es fragile, ça se verra et ne sera pas de bonne augure.
Je ne regrette rien, je suis allé au bout de ma capacité personnelle, et depuis je pratique en pur amateur avec grand bonheur.
Je connais aussi des gens qui ont insisté malgré les échecs successifs, et qui sont de bons guides aujourd’hui : mais eux avaient toujours la foi, le moral.
C’est très personnel tout ça, au-delà tu peux aussi demander l’avis des gens en qui tu as confiance et qui savent bien de quoi il s’agit.
Bonne continuation !

Je pense qu’il est aussi important d’avoir un métier qui nous plaise mais qui ne soit pas une passion.

Comme ça si un jour l’un ou l’autre s’arrête (pour x raisons), il te restera toujours un repère dans ta vie

Et aussi c’est fondamental pour moi de garder le côté plaisir intact (i.e. pouvoir refuser une course car pas envie/le moral/… sans avoir la contrainte financière et au final de ne pas apprécier le moment)

C’est difficile de répondre à ta place ! Mais bon, ta phrase ci-dessus est pour moi essentielle, et la réponse a ta question.

L’autre question sous-jacente, qui ne concerne pas que le métier de guide, mais tous les métiers, et qui du reste est une question philosophique, voire métaphysique, plus globale, est :
"qu’est ce que je veux faire dans ma vie ? "

  • Doit-on faire un métier que l’on aime, quitte à vivre chichement ?
  • Doit-on plutôt, faire un métier un peu plus lucratif, nous permettant de faire les loisirs que l’on aime ?

Comme toi, c’est un métier que j’avais envisagé, durant mon adolescence. Mais au moment de faire mes choix d’études, je me suis rendu compte, que l’été, le guide que je connaissais en Vanoise, passait son temps à faire du canyoning et du rafting, et finalement très peu d’alpinisme.

Je ne dis pas que c’est la généralité, mais si tu choisis ce métier, il faut aussi être ouvert à des activités un poil différente :wink:

C’est sûr que certains endroits seront plus difficiles d’accès mais je pense que certaines grandes voies, les via ferrata, les randos, et les courses dans les massifs « stabilisés » resteront accessibles encore longtemps.

Avec ce métier, la seule limite c’est l’imagination, quand on aime « tout » faire.

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Merci pour ce retour, ça me donne au moins envie d’aller au proba, peu importe le résultat.
Peut-être que j’aurais des regret en ne tentant pas.
J’ai de la chance d’être bien entouré et mes compagnons de cordée compréhensifs. (Un gars que j’ai emmené au mont blanc en 2018, sa première course d’alpinisme, est passé aspi l’année dernière :slightly_smiling_face:, il est en revanche très très bon grimpeur, et depuis longtemps)

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Bonjour
On peut vivre de l’AMM mais c’est une activité comme celle de guide par ailleurs qui implique des renoncements dans sa vie hors montagne ,tu n’as pas dans ta période de travail de weekend de jour de repos et ta conjointe doit être aussi investie
Passe le probatoire pour ne pas avoir de regrets .

Ce que je trouve sain dans ma pratique c’est justement que ce n’est plus une passion au sens péjoratif.
Je n’ai plus ce « besoin » d’aller en montagne à tout prix, réussir ou pas un sommet m’importe peu désormais.
Je peux aussi faire autre chose pendant 2-3 semaines sans que ça me manque.

Ça me permet de faire demi-tour et de rester lucide la plupart du temps.

Mon inquiétude ce sont les courses que je ne « sens » plus, qui ne me paraissent pas raisonnable.

Le plaisir a été un peu perdu avec la liste en revanche…
Une course permanente avec les conditions, trouver les bons partenaires, des courses que je n’aurais pas forcément faites sans cette liste et que je ne referai jamais.

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C’est un peu le lot commun incontournable de tout enseignant, si non les journées seront bien longues et fastidieuses.
Avec les métiers d’enseignement liés au sport, la relation au corps amène indiscutablement un plus exceptionnel, même si le métier change parfois radicalement en changeant d’activité et/ou en changeant de public. Les contraintes sont aussi bien plus importantes.
Guide à 30 ans ce n’est pas guide à 60 ans, surtout quand on enchaîne les voies Normales par tous les temps, tous les deux jours durant les 2 mois d’été (tu ne fais pas une traversée de la Meije chaque semaine). Le corps prend cher, on ne se ménage pas trop non plus et la charge mentale due à la responsabilité pèse lourd. Pourtant il faut bosser, anticiper pour avoir une retraite minimale acceptable et surtout vieillir en bon état. En France (plus que dans les pays voisins de l’Arc Alpin), les chiffres d’accidentologie et surtout de mortalité de la profession sont terribles, de l’ordre de 1 sur 4.
Peu de guides (et d’accompagnateurs) vivent confortablement de leur métier et la recherche de clients est un éternel combat qui peut devenir envahissant. Mais comme métier d’appoint, métier secondaire « plaisir » ça peut être une piste sympa. J’ai un ami guide et prof (ou plutôt prof et guide) qui me disait que quand il avait besoin d’arrondir ses fin de mois pour se payer un voyage ou autre chose, une ou deux Vallée Blanche faisait l’affaire !
Quant au Probatoire, c’est une expérience singulière où on voit de tout : des très bons alpinistes avec listes de courses à faire pâlir les profs de l’ENSA, mais complètement inadaptés et dépassés par l’aspect « concours » des épreuves et des alpinistes moyens-plus qui s’adaptent parfaitement aux exigences et deviendront de très bon guides « pépères » (rien de péjoratif) pour voies normales, via ferrata et même randonnées contemplatives qui seront très appréciés des clients (un bon guide est un guide vieux !).

Étant sans diplôme, me concernant c’est un mixte des deux questions.

Être guide me permettrait de bien vivre, mieux qu’avec des boulots trouvés sans diplôme (si tu as une meilleure piste, n’hésite pas :grinning:).
Ou alors je devrais repartir dans une formation annexe.

Étant en formation AMM qui me plaît également, c’est une piste mais je serai quand même limité dans mes envies.
Avec le guide j’emmènerai des gens faire de la rando comme un AMM, avec l’AMM je ne pourrai pas faire de découvertes grandes voies ou ski de randonnée :frowning:.

Ma vraie question que je n’arrive pas à résoudre c’est : Dois-je forcer à passer le guide en prenant le risque de mourir dans des courses que je ferai uniquement pour ce concours et que je ne referai jamais ni personnellement, ni avec des clients.

Quand on habite à Chamonix, quand on prépare ce concours, on vit, on entend tellement d’histoires au quotidien que ça devient pénible…
J’ai l’impression d’avoir complètement perdu cette inconscience du début et d’être trop conscient des risques que l’on prend.

C’est un point fort et un point faible, j’anticipe mieux, je réfléchis mais j’ai peur et ça limite ma capacité à m’exposer.

Pour avoir parlé avec quelques guides ou alpinistes qui n’exercent plus trop, ça arrive quand ils deviennent papa ou avec l’âge.

Mais à 27 ans en pleine préparation de ce concours, est-ce que c’est un problème ? J’ai l’impression que oui.

Sinon ça ne pose aucun soucis de faire du rafting ou de canyoning :grinning:

Tiens au passage, une question :
Le diplôme de guide est un diplôme à vie ?
Il n’y a pas besoin de temps à autres d’un examen médical, une remise à niveau… (ne serait-ce que pour des utilisations de nouveaux grigris :wink:, ou remise à niveau secourisme)

Avec ces deux phrases, j’ai l’impression que tu as la réponse à ta question principale…
A 27 ans j’étais loin d’avoir ce genre de réflexions, j’ai même encore largement « exposé la viande » à plus de 50 ans ; ça m’effraye rétrospectivement !

Recyclage tous les 6 ans pour que la carte Pro soit validée. AMM pareil.

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Est-ce que tous les guides sont bons pédagogues et sont patients ? J’ai des retours mitigés😀

Merci pour l’étude, 0,5% par an, 15% sur 30 ans… c’est beaucoup.

Après en lisant l’étude, la majorité des accidents sont des erreurs humaines ou des avalanches.
Loin de moi l’idée de ne jamais faire d’erreurs mais j’ai l’impression qu’il y a quand même un levier d’action pour limiter le risque.

Pourquoi les pays voisins ont moins de décès ?

J’ai quelques exemples qui ne font pas honneur à la profession. Comme dans tous les métiers.

La philosophie d’accès aux métiers et les cursus de formations sont totalement différents. En France, l’image du guide-dieu fait du mal depuis l’époque Armand Charlet.

Est-ce que les guides pépères à voie normale, grandes voies équipées, randonnées contemplatives, via ferrata, et classiques en ski de randonnée, vivent plus vieux ?

Ce qui me fait tenir c’est que moi ça m’ira parfaitement de faire des sorties comme ça, et ce sont des courses où j’ai l’impression de pouvoir maîtriser quasiment tous les risques.
Quand j’emmène quelqu’un faire ce genre de sorties, je passe un bon moment et les risques me paraissent raisonnables.

Ça ne m’intéresse pas d’emmener des gens faire la Walker.

Avec les précédents commentaires je vais quand même pousser jusqu’au probatoire en choisissant mes courses.
Si je me fais recaler ça me fera une belle expérience de vie et pas de regrets en attendant la création du diplôme d’accompagnateur en haute montagne :smile:

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Yessss

J’avais un ami guide qui a commencé à se poser ce type de question alors qu’il était en activité depuis pas mal d’annėe. Il me disait qu’il allait arrěter pour profiter de sa famille et ne plus prendre de gros risques. Et cela a duré un certain temps où il a continuė son métier tout en sachant au fond de lui qu’il fallait arrêter. Jusqu’au jour ou il a eu son accident dans une sortie hivernale à ski, pris dans une avalanche pour toujours, å 40 ans. . Ce jour lå il s’ėtait désisté pour une sortie de plus grande envergure et à la place avait fait cette sortie en bordure d’un domaine skiable à faible risque.
Tout ça pour dire que son questionnement était un un signe fort pour lui dire de s’arrêter.
Si tu ne le sens pas, mieux vaut peut-être ne pas faire de ta passion un métier.

D’autres DE pour compléter avec l’AMM ça peut être le bon plan ! Canyon, escalade,…si tu jongle bien,tu t’en tireras avec quasiment un emploi du temps comme pas mal de guidos ! Ça fait beaucoup de temps+argent à consacrer aux formations,mais ça peut être une idée !

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